NEW : Mes lectures

Nouvelle rubrique

Bienvenue chers amis lecteurs ! Entrez, poussez donc la porte.

(crrrouic)

Ah ! Un livre ! Du plaisir en papier qui sent bon et qu’on peut emporter partout avec soi. Vous ne trouvez pas ?

Voici mes lectures au petit et grand bonheur.

Installez-vous confortablement. Excusez le désordre, c’est encore travaux. WordPress ne me laisse pas ajouter de rubrique commentaires. Alors ce sera par ici : info@mainzalors.com.

(Spoiler alert : vous ne trouverez ici ni thriller sanguinolents, ni best-sellers, ni la rentrée littéraire, ni les auteurs qui s’écoutent bavasser. Plutôt un pot-pourri de romans, récits, non-fiction comme disent les Anglais, biographies, poésie, parfois un livre jeunesse ou une BD.)

(Il manque le 1er je l’ai prêté)

The Cazalet Chronicles ~ Elizabeth Jane Howard

Traduction française des tomes 1 et 2 en 2020, 3 et 4 en 2021. Tome 5 à venir en 2022. (Je les ai lus en anglais, donc je sais comment ça finit hé, hé). Pendant que je fréquentais la famille Cazalet, j’ai dévoré d’autres livres. Mais j’ai été triste de les quitter.

Moi qui furète aussi souvent que possible dans les librairies londoniennes je ne les avais jamais vus et n’avais jamais entendu parler de l’auteur non plus. Pourtant le dernier volume a été publié en 1990. La série a fait parler d’elle en France : je l’ai cherchée en anglais.

J’ai mis du temps à ouvrir le premier. Un jour d’été 2020, je l’ai attrapé avant de m’installer dans le hamac, j’ai lu les 20 premières pages, un peu découragée par l’arbre généalogique (s’il faut toutes ces précisions, c’est qu’on aura du mal à s’y retrouver non ?), pourtant séduite par les échanges. Je l’ai rouvert presque un an plus tard. Bien m’en a pris.

J’ai plongé dans cette fresque familiale avec délices. L’écriture est belle, la construction fluide. EJ Howard a un vrai talent et une grande humanité. La psychologie des personnages est travaillée et riche, l’introspection, subtile et précise. Les enfants, très présents, crèvent le papier (ça se dit ? comme on dit crèvent l’écran). Leurs dialogues sont étonnants de fraicheur et de vérité.

Dans une ambiance très anglaise, on suit les péripéties de trois générations avant, pendant et juste après la deuxième guerre mondiale. Les détails de la vie quotidienne donnent un éclairage historique précieux.

Une jeune libraire m’a dit que oui elle l’avait offert à sa mère. Elle-même ne l’avait pas lue, non. Petite moue. Du genre, ces sagas c’est bon pour occuper les vieux (comme moi). Personnellement ça m’aurait plu à tout âge. J’ai un gros faible pour l’ambiance anglaise et ce sont des livres de qualité.

Les deux premiers tomes ont été adaptés pour la télé par la BBC en 2001, et pour la radio en 2012. Je vais guetter leur réapparition au gré des programmations de Radio 4.

Qui était donc cette auteure ?

Un écrivain anglais majeur, distinguée par un CBE (Commander of the British Empire) FRSL (Royal Society of Literature) par la Reine en 2000. Mariée en troisièmes noces avec Kingsley Amis. Elle a publié une douzaine de romans.

Je suis plongée dans Slipstream (sillage) son autobiographie, l’occasion de découvrir ses sources d’inspirations, et apprendre comment elle a déconstruit son entourage pour construire ses personnages. (Elle a par exemple séparé ses passions du théâtre et de l’écriture en deux personnages distincts.)

Un peu trop long et détaillé. Mais EJ Howard a eu une vie extraordinaire. les cahiers de photos en noir et blanc intégrées au livre intriguent (on y voit Charlie Chaplin et Romain Gary). Pour m’approcher un peu plus, j’ai commencé à écouter son interview sur Desert Island Discs (une émission culte de BBC Radio 4). En 1995, à 72 ans, sa voix est grave et posée.

Je cherche à savoir pourquoi la traduction française a mis trente ans. Vous avez une idée ?

Middle England ~ Jonathan Coe

(Le coeur de l’Angleterre)

L’Angleterre des Midlands dans les années qui précèdent le Brexit. Un roman qui accroche, des personnages riches, une analyse sans concession de la société anglaise et de la fracture cristallisée par le referendum. Pertinent. Dans la même veine que What a carve up !, mais moins incisif et plus touchant. Merci à l’amie qui me l’a prêté.

La découverte de l’intérieur de la société anglaise à travers mes séjours familiaux m’a montré à quel point il y persiste un système de castes rigide, effrayant pour un citoyen de la République. Jonathan Coe dépeint la situation avec précision, distance et humanité.

Le troisième livre de Coe que j’ai lu, Number 11, se passe à Londres. Intéressant, mais moins fort que les deux ci-dessus.

Au prochain arrêt ~ Hiro Arikawa

Le ton est donné en prologue : “Le héros de ce roman est la ligne Hankyu Imazu, l’une des moins connues du réseau Hankyu.”

Une ligne de train de banlieue, dans le sud du Japon. Des wagons rouges. Des habitués dont les parcours se croisent et s’influencent mutuellement au fil de leurs trajets. A l’aller. Puis au retour. Charmant et délicat. Sentiments et émotions comme esquissés à l’aquarelle.

Deuxième roman de l’auteur de Mémoires d’un chat. Acheté cet été sur recommandation d’une amie, une belle histoire d’amitiés (entre humains aussi). Avec leurs hauts et leurs bas, comme dans la vie.

J’aime beaucoup la littérature japonaise féminine (enfin, ce que j’en connais).

Armen ~ Jean-Pierre Abraham

Acheté à Bayonne à la Librairie de la rue en Pente ou à Metz à la Cour des Grands (dans une autre rue en pente), attiré par le mot de recommandation de la libraire. J’avais lu un autre récit sur un séjour dans un phare (Le phare, voyage immobile de Paolo Rumiz) très chouette aussi (dans des conditions bien différentes car sur un rocher en Italie).

Voyageuse casanière, nomade immobile, j’apprécie des textes qui ouvrent mon horizon. Une chambre-cellule dans un phare l’ouvre sur les tempêtes extérieures et intérieures.

J’ai commencé Armen sans rien savoir de l’auteur ni du contenu.

Aux premières pages, je me suis demandé si j’allais continuer. Je l’ai un peu délaissé pendant que je commençais La commode aux tiroirs de couleur d’Olivia Ruiz. Puis je les ai lus en parallèle. Bien m’en a pris. Je l’ai fini dans la chambre d’hôtel dans les Vosges, affalée sur le lit (pas une bonne idée pour le lumbago en gestation), happée par la force des mots.

Armen, le journal de l’auteur, sans mention de l’année, pendant ses quinzaines de garde dans le phare au large de la chaussée de Sein. Celui que les gardiens appellent « L’enfer des enfers ». Poésie, sincérité, questionnements sur la vie. Grande intelligence et sensibilité.

L’auteur m’a rappelé un autre homme attachant au choix de vie extraordinaire, qui assume ses besoins et refuse de se soumettre aux attentes sociales : Brice Delsouiller, berger d’alpage dans les Pyrénées. J’avais lu son bouquin (Des nuages plein la tête), prêté par une amie. Le documentaire sur Arte est passionnant*. Ambiance minérale et altitude verte et pourtant identique. La solitude assumée, la liberté comme cap.

J’ai souligné plusieurs passages. Ça ne trompe pas. J’ai voulu en savoir plus sur l’homme et le phare. J’ai été surprise d’apprendre que le texte date de 1959. L’auteur a vécu puis disparu. Offrant ce récit qui remue comme une déferlante. Oui d’autres se sont posé les mêmes questions. D’autres ont assumé des besoins exigeants pour se créer une ile dans le monde.

Soixante-deux plus tard tout est pareil. A chacun de s’inventer et de, toujours, chercher son phare. Un récit comme Armen peut y aider.

Ce n’est qu’une fois le livre refermé que je l’ai retourné pour lire la quatrième de couverture.

Pourquoi êtes-vous à Armen ? lui demandera-t-on un jour. « Je ne sais pas, répondra Abraham. Il me semble que j’avais l’impression que la vie se passait sans moi et à mon insu, si bien que j’ai décidé un beau jour, enfin, de changer. J’ai vu Armen, je suis passé par là en bateau, et puis tout d’un coup j’ai décidé de venir là. J’avais trouvé vraiment mon lieu.  Je crois que c’est ce qu’il faut chercher, trouver le lieu où l’on puisse devenir soi-même, s’épanouir ; être à sa place, bien dans sa peau. »

(Et aussi, le texte est superbe, et on apprend des trucs très intéressants sur la vie dans les phares).

*Brice, un vacher à l’assaut des Pyrénées, par Sandrine Mörch, Arte Geo 360°. S’il passe en replay sur Arte