NEW : Mes lectures

Nouvelle rubrique

Bienvenue chers amis lecteurs ! Entrez, poussez donc la porte.

(crrrouic)

Ah ! Un livre ! Du plaisir en papier qui sent bon et qu’on peut emporter partout avec soi. Vous ne trouvez pas ?

Voici mes lectures au petit et grand bonheur.

Installez-vous confortablement. WordPress ne me laisse pas ajouter de rubrique commentaires. Alors ce sera par ici : info@mainzalors.com.

(Spoiler alert : vous ne trouverez ici ni thriller sanguinolents, ni best-sellers, ni la rentrée littéraire, ni les auteurs qui s’écoutent bavasser. Plutôt un pot-pourri de romans, récits, non-fiction comme disent les Anglais, biographies, poésie, parfois un livre jeunesse ou une BD.)

Americana ~ Luke Healy

Autre conseil d’une amie (oh elles sont trop chouettes mes copines ! merci à elles !) qui date un peu (le conseil). J’avais offert cette BD l’an dernier à mon mari, qui l’avait aimée sans plus. Je l’ai dévorée dimanche sur le hamac, les orteils en éventail.

L’auteur, un jeune Irlandais raconte sa traversée des Etats-Unis entre la frontière mexicaine et celle du Canada. Plus de 4000 kilomètres en 147 jours en usant deux paires de chaussures dans le désert, les sommets enneigés et les forêts humides (aux habitants plus ou moins sympathiques).

Fasciné par les USA où une partie de sa famille a émigré, il y a étudié le dessin de BD. Inspiré par la bande annonce du film Wild il décide de s’attaquer au projet titanesque de remonter la Pacific Crest Trail ou PCT (Chemin des crêtes du Pacifique).

Il raconte en textes et dessins sa bataille contre les éléments et ses propres démons, et ses rencontres dans sa recherche de ce qui donne son goût particulier à l’Amérique.

Passionnant.

Et si vous n’avez pas encore lu Wild Cheryl Strayed raconte son propre trail sur la PCT, foncez.

Le film est aussi très bien fait (l’auteur a contribué à la réalisation).
Depuis le fond de son canapé, on frissonne et on rêve de faire pareil. D’ailleurs vous en parler me donne envie de replonger.

Autre récit de marche épique et bourré d’humour : A walk in the woods de Bill Bryson (Promenons-nous dans les bois). Là il s’agit de deux types trop vieux et pas assez entrainés pour se lancer sur l’Appalachian Trail (sentier des Appalaches) sur la côte est.

Ce livre m’a ouvert l’univers de Bill Bryson que j’adoooooore. J’ai tout lu, plusieurs fois. En cas de doute, de panne, de blues, c’est vers lui que je me tourne.

(Le film est moyen, Robert Redford ayant passé l’âge de jouer un type trop vieux, c’est dire).

Les gratitudes ~ Delphine de Vigan

J’ai hésité à ouvrir ce roman. Comme il m’avait été offert par mon amie allemande d’enfance (qui en a lu la traduction et l’a beaucoup aimé), je me sentais obligée de le lire. Mais j’avais un a priori assez fort contre les textes de Delphine de Vigan : chaque fois que j’avais attrapé un de ses livres, les sujets m’avaient fait froid dans le dos. (Vous aurez compris que je ne peux pas faire entre n’importe quoi dans ma cervelle sauf à me créer traumatisme sur traumatisme.)

Donc, j’ai pris celui là avec des pincettes – puisqu’il s’agit quand même d’une vieille dame qui perd ses mots.

Grand bien m’en a pris. J’ai dévoré d’une traite cette histoire touchante et la langue de Delphine de Vigan m’a beaucoup plue. Peu de temps avant, une autre amie m’avait recommandé une des ses interviews sur France Inter que j’ai aussi, vraiment appréciée.

The lamplighters ~ Emma Stonex

Ce conseil de lecture est tiré d’un numéro de Elle de notre séjour d’avril sur la Côte d’azur.

Les gardiens de phare

Le monde des gardiens de phare m’avait fort intéressée lors de la lecture d’Armen (voir ci-dessous). Les critiques promettaient une lecture 3 en 1 : histoire d’amour, de mystère et de fantômes. C’est assez vrai ma foi. (J’ai vu depuis que ce roman était dans la sélection de livres en anglais de la gare de Mainz, il doit marcher.)

En 1972 trois gardiens disparaissent d’un phare éloigné de plusieurs kilomètres de la côte de Cornouailles. La porte est fermée de l’intérieur et aucun indice ne permet de savoir ce qu’ils sont devenus. Vingt ans plus tard, leurs femmes bataillent encore, chacune, avec l’absence de leur mari. Au lieu de les rapprocher, la tragédie les a brouillées. L’histoire commence avec l’arrivée d’un écrivain qui bien sûr souhaite élucider l’affaire.

Une histoire efficace, des études psychologiques fines et ce qui semble une connaissance approfondie de ce milieu professionnel m’ont convaincue. (J’ai juste regretté un enthousiasme trop grand pour les métaphores.)

Public imaginaire ~ Nora Hamzaoui

Nora Hamzaoui je n’en avais jamais entendu parlé avant le mois de septembre dernier, où lors d’un week-end à Paris, une amie m’a proposé d’aller voir son one woman show.

J’en suis sortie avec des bulles de champagne dans le coeur et je me suis penchée vers ma copine pour lui dire : “elle est géniale ! et elle est aussi névrosée que moi”. Elle partage ses émotions avec distance et auto-dérision et ça fait un bien fou.

Ce texte, dont le sous-titre est ”dans les coulisses de ma tête”, est un spectacle imaginé pendant le confinement. Plein d’humour et de sagesse. Plongez !

Du miel sous les galettes ~ Roukiata Ouedraogo

Ce petit bijou je l’ai trouvé à la librairie Masséna de Nice, curieuse de littérature africaine. L’auteur vit en France aujourd’hui où elle est comédienne. Dans ce récit, elle évoque son enfance au Burkina Faso, à travers le courage de sa mère pour faire vivre sa nichée suite à l’arrestation arbitraire de son mari. Pour gagner quelques sous, elle se met à vendre des galettes sur le pas de sa porte.

Le texte alterne entre la vision de la femme adulte qui a trouvé sa place grâce à sa passion du one-woman-show, et celle de la petite fille qui regarde les adultes s’agiter pour survivre dans la chaleur, la pauvreté et l’absurdité administrative. Magnifique hommage à sa mère qui n’a jamais baissé les bras, qui donne envie de les gouter ces galettes !

Les petites robes noires ~ Madeleine St John

Déniché lui aussi à la librairie Passages de Lyon, je n’avais jamais entendu parler de ce roman, décrit comme un classique de la littérature anglo-saxonne. L’auteur, une Australienne née en 1941 à Sydney qui a terminé sa vie à Londres, m’était aussi inconnue. Elle a commencé sa carrière d’écrivain sur le tard : elle avait cinquante-deux ans lorsque le premier de ses quatre romans, Les petites robes noires, a été publié.

Elle y peint des portraits sensibles de femmes, autour de la période de Noël dans les années 50. Toutes employées des rayons haute-couture d’un grand magasin de Sydney, elles se croisent ou se fréquentent, certaines découvrent la vie, d’autres la connaissent un peu trop. En filigrane se tisse la condition féminine dans la société de cette époque.

Il doit être prenant, aujourd’hui où j’abandonne un livre sur deux après quelques dizaines de pages, je ne l’ai pas lâché.

L’été de la sorcière ~ Nashiki Kaho

Dans le rayon littérature japonaise de la librairie Passages à Lyon, c’est l’illustration champêtre qui a attiré mon regard. Le commentaire personnalisé était positif. Mais sans chercher à comprendre de quoi il retournait, attirée, pressée, j’ai attrapé le livre et l’ai joint à ma sélection. Le tire pourtant m’intriguait.

Mai, une toute jeune fille, angoissée, se sent mal au collège et souffre d’asthme. Elle entend ses parents échanger à son sujet, “une enfant difficile à comprendre, difficile à vivre“. Mai est envoyée pour l’été chez sa grand-mère (d’origine anglaise) à la campagne.

Il ne se passe presque rien dans cette histoire : Mai suit les gestes de sa grand-mère pour ramasser des fraises des bois et en faire une confiture parfumée, aller chercher au poulailler les œufs du petit déjeuner. Le coq et le voisin l’effaient. Elle apprend, avec le jardin, à vivre avec ses émotions intenses.

A la moitié du livre, je me suis dit… Hmm serait-ce un texte sur l’apprivoisement d’une sensibilité extrême ? La fin du livre me l’a confirmé.

L’auteure s’inspire de souvenirs d’enfance.

Extrait de sa postface, écrite en 2017 à la réédition du livre (qui a été adapté en film) :

“Il n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui de vivre simplement, de vivre une vie simple et sincère. La société a de plus en plus tendance à rechercher des leaders qui parlent d’une voix forte, à exclure ceux qui sont différents. La sincérité de la pensée individuelle est bien souvent raillée, parfois même considérée comme dangereuse.

Ce livre, je le regardais à l’époque avec une certaine appréhension en me demandant à qui il pouvait être utile, à part à moi-même et aux femmes ayant une nature similaire à la mienne ? (…) Qu’il parvienne à ceux qui en ont besoin. (…) et les encourage du mieux qu’il peut. Nous n’avons pas besoin d’une voix forte, nous pouvons tout à fait parler et communiquer avec une petite voix.”

Je vais confier ce livre à ma grande fille. Et puis tiens, envoyer un message à l’auteur.

Mémoire de fille ~ Annie Ernaux

Voilà longtemps que je n’avais lu de livre d’Annie Ernaux. J’en ai lu un ou deux prêté par une amie voilà bien des années. Je les ai aimés et n’ai plus eu l’occasion de croiser sa route. J’ai dû acheter celui-là à Strasbourg à la librairie Quai des Brumes.

 Dès les premières lignes j’ai été happée par la précision de ses mots, et la sincérité des souvenirs décrits ici. Un récit d’arrivée dans l’âge adulte, précipité par un été en colo, en tant que monitrice en 1958. Découverte de la sexualité, de l’amour (dans cet ordre), des relations humaines. Recherche de soi et d’une piste d’études et de profession. Annie Ernaux écrit ses souvenirs à la troisième personne pour rencontrer « la fille de 1958 » qu’elle a été.

Fort.

J’ai corné plusieurs pages.

Exemple de passage souligné : « Ce récit serait donc celui d’une traversée périlleuse, jusqu’au port de l’écriture. En définitive, la démonstration édifiante que, ce qui compte, ce n’est pas ce qui arrive, c’est ce qu’on fait de ce qui arrive. »

Sur le programme du ciné de Mainz, un film adapté d’un roman d’Annie Ernaux doit sortir bientôt. Das Ereignis, l’Événement. Je tâcherai d’aller le voir, tant pis si des actrices françaises parlent allemand.

Et je lirai d’autres livres d’Annie Ernaux.

La carte des Mendelssohn ~ Diane Meur

« Un roman en spirale qui se raconte lui-même. »

Diane Meur savait que le compositeur Félix était le petit-fils de Moses, un grand philosophe allemand des Lumières (moi je ne savais pas). Elle s’est interrogée : mais qui était donc le maillon intermédiaire entre deux génies : Abraham, fils de l’un, père de l’autre. Elle a dévidé la pelote vers toute la descendance de Moses, sur les cinq continents. Certains sont même passés par Mainz.

Dans ce roman, biographique, elle se dit elle-même, ses difficultés, ses avancées et ses rencontres. A Berlin en particulier où elle retourne après y avoir vécu deux ans, pour écumer la Staatsbibliothek (bibliothèque nationale) et arpenter les lieux de vie des Mendelssohn sous leur nouvelle apparence. L’auteur ne s’épargne pas. Le travail est énorme. L’authenticité du récit de ses démarches touche. Un tour de force d’une grande richesse.

Belge, écrivain de langue française, et traductrice, elle vit à l’échelle de l’Europe, comme les protagonistes de ce roman. (A un moment de retour en Allemagne pour ses recherches, elle doit s’éloigner de Berlin. Elle écrit : « J’avais oublié combien je me sens mal en Allemagne hormis à Berlin. »)

Diane Meur érudite, curieuse et passionnée, va au fond du sujet. Touffu et dense donc. Mais passionnant. On entre en Prusse par la petite porte (la seule autorisée aux juifs). Les itinéraires individuels croisent la grande Histoire. Felix Mendelssohn joue pour Goethe et la Reine Victoria. Wagner lui demande son avis. A la fin de la deuxième guerre mondiale, un des descendants de Moses se trouve dans la situation de délimiter le secteur américain de Berlin. Il propose de choisir les quartiers où les gens de sa famille ont vécu.

Lorsque je l’ai commencé, calé dans mon fauteuil crème (IKEA) dans le coin bibliothèque (/lingerie), je me suis vite sentie perdue parmi tous les personnages. J’ai failli abandonner. Et puis non, me suis-je dit. Tu adores les Romances sans parole de Mendelssohn, c’est d’ailleurs le dernier morceau que tu viens d’étudier au piano, attends au moins de le voir apparaître dans le récit.

Grand bien m’en a pris.
J’ai laissé tomber l’espoir de me souvenir de tous les protagonistes et me suis concentrée sur la poignée de principaux pour me laisser porter par l’histoire, le processus de recherche, et les anecdotes.

C’est pas simple c’est sûr. Les femmes se marient et changent de nom, les hommes aussi au gré des préférences orthographiques ou des conversions. La persécution des juifs les incite au changement de religion. Par souci d’intégration, ils adaptent alors prénom et nom. A titre d’exemple, une des six enfants de Moses, née Brendel Mendelssohn et juive en 1764 est morte Dorothea Veit protestante, après avoir été un temps catholique. Vous suivez toujours ?

Sur les fiches bristol où Diane Meur construit la ‘’carte des Mendelssohn’’, un arbre généalogique enrichi, elle compte 765 noms.

Difficile à poser le soir ce bouquin, offert par mon mari.

J’ai rencontré une famille foisonnante, mais surtout une écrivaine qui me parle.

Un livre pour les passionnés d’histoire, de biographies, d’écriture. Les curieux.

Indian Creek ~ Pete Fromm

Récit offert par mon fiston à Noël.

L’auteur Pete Fromm étudiant dans le Montana dans les années 70 accepte sur un coup de tête une mission pour les Eaux et forêts : s’installer pendant 7 mois, seul avec son chien, dans une tente, au fin fond des montagnes, pour surveiller pendant l’hiver des alevins de saumon.

Il doit tout apprendre de la vie de trappeur : couper du bois et chasser et s’accepter comme seul compagnon.

Ses journées, semaines, mois enneigés, il les consigne dans un journal dont il tire au retour un livre.

Ce roman d’initiation au coeur de grands espaces sonne juste. C’est aussi l’acte de naissance d’un écrivain.

Arte lui consacre un reportage : Grandiose Montana de Pete Fromm – dans une collection que j’ai envie de dévorer Invitation au voyage. Un artiste, un lieu, 14 minutes.

The irresistible Blueberry Bakeschop & Café ~ Mary Simses

Un feelgood book de qualité.

Une jeune avocate newyorkaise se rend dans une toute petite ville de la côte Est des Etats-Unis, dans le Maine, pour effectuer le dernier souhait de sa grand-mère : confier une lettre à son amoureux de jeunesse.

En arrivant elle glisse et tombe dans l’océan et manque de se noyer dans une baïne. Bien sûr un homme est là pour la sauver. Bien sûr il est jeune, beau et célibataire. Et les choses ne sont pas si simples.

Bien écrit, un joli voyage sur la filiation et les choix de vie de chaque génération, au pays des forêts, de l’océan et des myrtilles.

Un p’tit muffin ?

The Marlow murder club ~ Robert Thorogood

Cosy crime – Extra !

Lu au lit la journée post-booster et m’a permis de garder un moral de fer malgré les courbatures et la fièvre.

L’auteur a commis la série Mort au paradis.

Des nanas formidables (Miss Marple 2.0 et ses nouvelles copines), de l’humour, des meurtres à élucider dans la charmante petite ville de Marlow au bord de la Tamise. La suite paraitra à la fin de l’année, vivement !

Quand je serai grande, je veux être comme Judith Potts (et me baigner à poil à 77 ans dans la rivière le soir).

Une citation de mémoire : ” X L’auteur du crime ? Non ça ne peut pas être elle, elle fait du yoga !”

Titre français : Mort compte triple. Comment les traducteurs ont-ils le génie des titres ? Ils m’épatent toujours.

Sans jamais atteindre le sommet ~ Paolo Cognetti

Un voyage brillant, curieux et intense dans les vallées himalayennes, explorées en 2017 avec un livre culte, un chien rencontré en route et des amis.

Grands expaces là encore, et sagesse intérieure.

Je n’ai qu’une envie, découvrir les autres récits et romans de cet écrivain italien, dans la veine de Sylvain Tesson.

Une langue venue d’ailleurs ~ Akira Mizubayashi

Un récit original sur le bilinguisme choisi.

Au début des années 70, un jeune Japonais découvre la langue française grâce à des cours à la radio et se prend de passion pour son apprentissage. A l’étroit dans sa culture native, il s’éveille à la liberté de penser dans une langue étrangère. Simultanément il rencontre Rousseau et Mozart. Tout au long de sa vie, la langue, la pensée et la musique se répondent.

Au plaisir presque physique de produire des sons, le français ajoute celui de vibrer d’une mélodie nouvelle.

Ses études le mènent à l’université de Montpellier puis Paris à l’ENS de la rue d’Ulm.

Entre Japon et France, il se construit un entre-deux culturel sur mesure, un espace où il peut devenir écrivain d’expression japonaise et française, professeur de français à l’université de Tokyo. Il est marié (pourquoi allais-je ajouter bien sûr) avec une Française.

(Recommandé par la charmante librairie La cour des grands de Metz.)

Marcher à Kerguelen ~ François Garde

Enfilez un ciré, des gants, un bonnet, des chaussures de randonnée, le tout détrempé et glacial. Vous allez dormir entassé sous une tente dans la tempête en plein océan austral. Vous perdre presque dans des chaos rochers sauvages de ces îles de la Désolation. L’endroit le plus isolé du monde, aux rives parsemées de tombes. Et vous allez être HEU-REUSE/X !

François Garde, au style érudit un peu surranné, transmet son bonheur d’être là. Tout simplement.

Dans le cadre d’un poste de haut fonctionnaire, il a été responsable de ce bout de France perdu au royaume du vent. Il rêvait depuis ses passages de traverser l’île à pied. Avec trois amis, il est revenu et il l’a fait.

Si l’archipel vous démange, attrapez L’arche de Kerguelen de Jean-Paul Kauffmann.

(Il manque le 1er je l’ai prêté)

The Cazalet Chronicles ~ Elizabeth Jane Howard

Traduction française des tomes 1 et 2 en 2020, 3 et 4 en 2021. Tome 5 à venir en 2022. (Je les ai lus en anglais, donc je sais comment ça finit hé, hé). Pendant que je fréquentais la famille Cazalet, j’ai dévoré d’autres livres. Mais j’ai été triste de les quitter.

Moi qui furète aussi souvent que possible dans les librairies londoniennes je ne les avais jamais vus et n’avais jamais entendu parler de l’auteur non plus. Pourtant le dernier volume a été publié en 1990. La série a fait parler d’elle en France : je l’ai cherchée en anglais.

J’ai mis du temps à ouvrir le premier. Un jour d’été 2020, je l’ai attrapé avant de m’installer dans le hamac, j’ai lu les 20 premières pages, un peu découragée par l’arbre généalogique (s’il faut toutes ces précisions, c’est qu’on aura du mal à s’y retrouver non ?), pourtant séduite par les échanges. Je l’ai rouvert presque un an plus tard. Bien m’en a pris.

J’ai plongé dans cette fresque familiale avec délices. L’écriture est belle, la construction fluide. EJ Howard a un vrai talent et une grande humanité. La psychologie des personnages est travaillée et riche, l’introspection, subtile et précise. Les enfants, très présents, crèvent le papier (ça se dit ? comme on dit crèvent l’écran). Leurs dialogues sont étonnants de fraicheur et de vérité.

Dans une ambiance très anglaise, on suit les péripéties de trois générations avant, pendant et juste après la deuxième guerre mondiale. Les détails de la vie quotidienne donnent un éclairage historique précieux.

Une jeune libraire m’a dit que oui elle l’avait offert à sa mère. Elle-même ne l’avait pas lue, non. Petite moue. Du genre, ces sagas c’est bon pour occuper les vieux (comme moi). Personnellement ça m’aurait plu à tout âge. J’ai un gros faible pour l’ambiance anglaise et ce sont des livres de qualité.

Les deux premiers tomes ont été adaptés pour la télé par la BBC en 2001, et pour la radio en 2012. Je vais guetter leur réapparition au gré des programmations de Radio 4.

Qui était donc cette auteure ?

Un écrivain anglais majeur, distinguée par un CBE (Commander of the British Empire) FRSL (Royal Society of Literature) par la Reine en 2000. Mariée en troisièmes noces avec Kingsley Amis. Elle a publié une douzaine de romans.

Je suis plongée dans Slipstream (sillage) son autobiographie, l’occasion de découvrir ses sources d’inspirations, et apprendre comment elle a déconstruit son entourage pour construire ses personnages. (Elle a par exemple séparé ses passions du théâtre et de l’écriture en deux personnages distincts.)

Un peu trop long et détaillé. Mais EJ Howard a eu une vie extraordinaire. Les cahiers de photos en noir et blanc intégrées au livre intriguent (on y voit Charlie Chaplin et Romain Gary). Pour m’approcher un peu plus, j’ai écouté son interview sur Desert Island Discs (une émission culte de BBC Radio 4). En 1995, à 72 ans, sa voix est grave et posée.

Je cherche à savoir pourquoi la traduction française a mis trente ans. Vous avez une idée ?

Middle England ~ Jonathan Coe

(Le coeur de l’Angleterre)

L’Angleterre des Midlands dans les années qui précèdent le Brexit. Un roman qui accroche, des personnages riches, une analyse sans concession de la société anglaise et de la fracture cristallisée par le referendum. Pertinent. Dans la même veine que What a carve up !, mais moins incisif et plus touchant. Merci à l’amie qui me l’a prêté.

La découverte de l’intérieur de la société anglaise à travers mes séjours familiaux m’a montré à quel point il y persiste un système de castes rigide, effrayant pour un citoyen de la République. Jonathan Coe dépeint la situation avec précision, distance et humanité.

Le troisième livre de Coe que j’ai lu, Number 11, se passe à Londres. Intéressant, mais moins fort que les deux ci-dessus.

Au prochain arrêt ~ Hiro Arikawa

Le ton est donné en prologue : “Le héros de ce roman est la ligne Hankyu Imazu, l’une des moins connues du réseau Hankyu.”

Une ligne de train de banlieue, dans le sud du Japon. Des wagons rouges. Des habitués dont les parcours se croisent et s’influencent mutuellement au fil de leurs trajets. A l’aller. Puis au retour. Charmant et délicat. Sentiments et émotions comme esquissés à l’aquarelle.

Deuxième roman de l’auteur de Mémoires d’un chat. Acheté cet été sur recommandation d’une amie, une belle histoire d’amitiés (entre humains aussi). Avec leurs hauts et leurs bas, comme dans la vie.

J’aime beaucoup la littérature japonaise féminine (enfin, ce que j’en connais).

Armen ~ Jean-Pierre Abraham

Acheté à Bayonne à la Librairie de la rue en Pente ou à Metz à la Cour des Grands (dans une autre rue en pente), attiré par le mot de recommandation de la libraire. J’avais lu un autre récit sur un séjour dans un phare (Le phare, voyage immobile de Paolo Rumiz) très chouette aussi (dans des conditions bien différentes car sur un rocher en Italie).

Voyageuse casanière, nomade immobile, j’apprécie des textes qui ouvrent mon horizon. Une chambre-cellule dans un phare l’ouvre sur les tempêtes extérieures et intérieures.

J’ai commencé Armen sans rien savoir de l’auteur ni du contenu.

Aux premières pages, je me suis demandé si j’allais continuer. Je l’ai un peu délaissé pendant que je commençais La commode aux tiroirs de couleur d’Olivia Ruiz. Puis je les ai lus en parallèle. Bien m’en a pris. Je l’ai fini dans la chambre d’hôtel dans les Vosges, affalée sur le lit (pas une bonne idée pour le lumbago en gestation), happée par la force des mots.

Armen, le journal de l’auteur, sans mention de l’année, pendant ses quinzaines de garde dans le phare au large de la chaussée de Sein. Celui que les gardiens appellent « L’enfer des enfers ». Poésie, sincérité, questionnements sur la vie. Grande intelligence et sensibilité.

L’auteur m’a rappelé un autre homme attachant au choix de vie extraordinaire, qui assume ses besoins et refuse de se soumettre aux attentes sociales : Brice Delsouiller, berger d’alpage dans les Pyrénées. J’avais lu son bouquin (Des nuages plein la tête), prêté par une amie. Le documentaire sur Arte est passionnant*. Ambiance minérale et altitude verte et pourtant identique. La solitude assumée, la liberté comme cap.

J’ai souligné plusieurs passages. Ça ne trompe pas. J’ai voulu en savoir plus sur l’homme et le phare. J’ai été surprise d’apprendre que le texte date de 1959. L’auteur a vécu puis disparu. Offrant ce récit qui remue comme une déferlante. Oui d’autres se sont posé les mêmes questions. D’autres ont assumé des besoins exigeants pour se créer une ile dans le monde.

Soixante-deux plus tard tout est pareil. A chacun de s’inventer et de, toujours, chercher son phare. Un récit comme Armen peut y aider.

Ce n’est qu’une fois le livre refermé que je l’ai retourné pour lire la quatrième de couverture.

Pourquoi êtes-vous à Armen ? lui demandera-t-on un jour. « Je ne sais pas, répondra Abraham. Il me semble que j’avais l’impression que la vie se passait sans moi et à mon insu, si bien que j’ai décidé un beau jour, enfin, de changer. J’ai vu Armen, je suis passé par là en bateau, et puis tout d’un coup j’ai décidé de venir là. J’avais trouvé vraiment mon lieu.  Je crois que c’est ce qu’il faut chercher, trouver le lieu où l’on puisse devenir soi-même, s’épanouir ; être à sa place, bien dans sa peau. »

(Et aussi, le texte est superbe, et on apprend des trucs très intéressants sur la vie dans les phares).

*Brice, un vacher à l’assaut des Pyrénées, par Sandrine Mörch, Arte Geo 360°. S’il passe en replay sur Arte