Grandes vacances : notre tour de France – 2

Des Landes à la Côte d’Azur en passant par Montpellier. Puis séjour en Ardèche du Sud, et Autun.

Retrouvailles en pagailles. Séparations à foison.

Nous voilà rentrés à Mainz depuis hier soir. Nous avons fait durer le plus longtemps possible notre séjour français. Le boulot a repris ce matin. J’irai faire les courses après vous avoir écrit. Il me tarde de partager la suite de nos vacances.

Ne bougez pas, je viens vous retrouver où je vous ai quittés : au bord de l’océan.

J’entends votre question. Oui mon fils a pu nous rejoindre après sa dizaine de jours d’isolement ardéchois pour covid sans symptômes. Il a pris le train jusqu’à la charmante ville de Bayonne (aux colombages colorés, comme en Allemagne, et pourtant tellement autres).

Bayonne

Cette escapade nous a autorisé un détour par la librairie de la Rue en pente. Vous savez, dans la rue en pente ? J’adore leurs commentaires sur les bouquins. Cet été ils avaient même consacré une vitrine aux achats à éviter, avec critiques argumentées. Pendant notre sélection de nos prochains compagnons de poche, nous avons aidé un Français installé à Berlin (oui) à expliquer à la libraire le livre qu’il recherchait (il n’avait qu’une photo en allemand). Le manuel d’Epictète de Marc-Aurèle (mon livre de toilettes du bas).

Attraper le grand devant la gare sans se garer. Pardon d’être à la bourre, j’ai essayé deux robes chez Monoprix.

Plage, un peu chaque jour, à sauter dans les rouleaux. Sur la côte landaise, la baignade tient du manège et du trampoline. Le ciel s’offre à 360°. Au loin l’Espagne. Les enfants surfent, chacun à des horaires différents qui changent tous les jours avec la marée. J’ai renoncé à suivre. Ils se régalent. Le banc de sable de la plage sud a disparu, les jours de calme ils doivent partir en camionnette vers le nord pour trouver des vagues.

Ma grande s’est fait une amie suédoise qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Un moniteur du surf surpris de les entendre parler en anglais leur a demandé d’où elles venaient. Ma fille a répondu : « de Lyon. » Ah ? Oui j’avais pas envie de dire que j’habite en Allemagne.

Ah revoir la mer et l’horizon ! Confisqués pendant toute une année ils ont l’attrait de l’attente et de l’interdiction. Au loin là-bas le Canada. (Salut Flo !)

Retrouvailles avec la famille de mon mari, échappés d’Angleterre ou de Normandie. Enfin ! Oui les enfants ont grandi. Et nous, non, nous on n’a pas changé. Vous non plus. (Si peu).

Beaucoup, beaucoup de monde pour un mois de juillet. Les Français ont renoncé aux voyages à l’étranger. Des motos de mer vrombissent. C’est nouveau ça ici. On devrait mettre un impôt sur le bruit produit.

Les cons d’astreinte se relaient pour emmerder les autres 24/7. Nous dans la catégorie bruit agaçant, on a pris le créneau de 7h à 10h et puis aussi de 10h à 21h. Gaïa, dans le jardin longé par une route, est redevenue sauvage. Elle aboie à tout ce qui roule. Elle saute par la fenêtre et fuit par le moindre interstice, pour chasser les chats et fureter près des poubelles. Le soir on la borde dans sa nouvelle niche anti-effraction. Les jeunes avinés dans la rue prennent le relais.

Ranger la maison. Balayer le sable. Vider le frigo.

Après une heure de Tétris avec la voiture, admettre sa défaite. Non, on ne pourra pas emporter tout notre stock de bouffe et de produits ménagers au savon de Marseille et le vinaigre blanc (oui c’est mon dada, en Allemagne on trouve de l’essence à diluer, je ne m’y fais pas).

Entasser tout le monde. La chienne grimpe dans son petit coin du coffre, couverture en mezzanine sur le confit de canard et le piment d’Espelette.

Pimientos del Padron et rougets

Cap sur Montpellier.

Le long des Pyrénées, sous leur chapeau de brume, il fait vert et frais. La polaire est à portée de main pour le pique-nique de midi. Melon et fromage de brebis. Dès Toulouse le paysage sèche et chauffe.  Traces rousses d’incendies sur les rives de l’autoroute. Bouchons. On avait cru être malins en ne voyageant pas le week-end.

Escale de rêve chez oncle et tante, au ras de la garrigue et des étoiles. La piscine a le goût du sel, le barbecue celui de la famille retrouvée. Ouf ça fait du bien. Rechargement exprès des batteries émotionnelles. Merci !

Pourquoi les piscines ont-elles la couleur artificielle de la glace au bubble-gum ? Celle que l’on vient de quitter ressemble à l’eau sauvage des rivières. Le fond est gris-blond, comme les galets.

Après des retrouvailles brèves, la séparation chavire. Quand nous reverrons nous ? Non, tiens conduis toi. Dans le virage, entre les lauriers roses, du dos de la main, j’essuie une larme.

Traversée de la Camargue.

Regardez les enfants ! Des chevaux blancs ! une rizière… Mon fils dort. Les filles regardent un film sur la tablette avec des écouteurs. Non mais là vous allez regarder, c’est la montagne sainte-Victoire ! Cézanne, patin-couffin… Un sourcil se lève, un œil se jette. Ah oui. Vite retrouver l’écran hypnotique. Je me gave de pinèdes et de panneaux familiers. Saint-Zacharie, regarde ! c’est le village de mon grand-père.

Hmmm.

De temps en temps j’ouvre la fenêtre pour m’enivrer de cigales. Que c’est beau la France, hein. Et tellement varié. Depuis ce matin le paysage a changé dix fois.

Côte d’Azur lacérée de béton et de bagnoles. Les palmiers salvateurs et les anciens hôtels me projettent dans les films des années 50. La main au collet. Elle et lui. Tu crois que Cary Grant est vraiment venu tourner ici ?

Cap Ferrat

Villefranche sur mer, notre nouvelle escale, chez des amis absents.

Vue à couper le souffle sur la rade et le cap Ferrat (oui, la montagne est belle monsieur Jean).

Télétravail avec vue sur mer.

Rencontrer un neveu tout neuf et sa maman, pour la première fois sans écran interposé. Retrouver des amis anglais en vadrouille dans leur camion reconverti. Ils ont traversé à Saint-Malo et quitté la côte atlantique pour passer quelques jours avec nous. (L’occasion de se rendre compte que les mots étrangers me viennent souvent en allemand. Mince alors !) Vous connaissez la tropézienne ? Pique-nique du soir sur des rochers qui coupent les orteils, mais avec les parfums des pins et des lentisques chauffés (pissaladière et tarte aux blettes). Pastèque qui dégouline sur le menton. Je casse une tige de perce pierre pour la respirer. Mon fils promène une application pour identifier les plantes. Comment, mais avec ta mère tu n’as rien appris ?! Non, on n’a jamais eu de jardin.

Le mouvement du soleil et des nuages décide de la couleur de la mer. Si je devais la peindre je choisirais quel ton ? Gris-bleu ? Blanc laiteux ? Rose ? La fin d’après-midi dévoile un bleu marine mordoré. Dans un paysage vivant, les détails s’offrent et se rétractent avec la respiration du monde. Je les accueille tôt dans une chaleur encore tolérable. Le café brûle les lèvres. La fauvette à tête noire, invisible dans le rideau des feuilles d’eucalyptus, déroule des trilles puissantes. (Son nom nous a été révélé par une autre application). Les yeux me piquent un peu. Je n’ai pas pu retenir mes larmes quand j’ai aperçu des draps dans le lave-linge. Mon fils est parti aux aurores prendre son train. Une cigale prend son service. De l’autre côté de la haie, une voix chantante appelle. Dans ce cocon méridional je fonds.

Retrouvailles, séparations.

Vider la maison. Remplir la voiture. Caser les chaussures de rando que l’on n’a pas touchées.

Autoroute. Bouchons. Pique-nique (tapenade, melon). Attraper une copine de Lyon sur le parking de la gare de Montélimar. Ça n’a pas bien changé depuis que j’y prenais mon car pour rentrer quand j’étais étudiante. Au passage du Rhône, je baisse la vitre pour humer l’air de mon Ardèche. Comme à chaque fois.

Quelque part…

Vider la voiture. Remplir la maison.

Tiens le rosier chinois est mort. Le Zéphirine Drouin aussi. Par contre les crocosmias sont magnifiques. Les pommiers croulent sous les pommes. Celui aux pommes vertes est un cadeau posthume de ma mère. Elle l’avait planté connaissant mon goût pour l’acidité des Granny Smith. Croquantes, à peine véreuses. Ma benjamine en rempli un sac qu’elle complète avec des nashis. L’âne et Gaïa ne sympathisent pas.

Baignades dans des rivières secrètes. J’assume moyen la plaque minéralogique allemande dans les coins paumés. Ma plus jeune a placé un Astrapi sur sa vitre pour signaler au monde qu’elle est française. (Ne pas confondre). On se gare au bord de la route, descend dans les arbres et les rochers en se tenant aux branches. Dans le maquis les squelettes des buis (mangés par les chenilles de la dévastatrice pyrale) sont plus discrets, avalés par leurs voisins. Par endroit sur les torrents des trous d’eau très profonds. Les filles sautent de haut. Moi je regarde d’en bas. Les pieds calés dans les rapides, l’eau puissante me masse les épaules. Désescalade dans les toboggans mouillés, où les rochers sont doux et lisses comme des galets géants. Viser les algues chevelues, antidérapantes. La première baignade de la journée est difficile, ensuite le corps s’habitue à la température. Libellules ivres. De petits poissons grignotent les peaux mortes des pieds immobiles.

Kayak, bien sûr, entre Balazuc et Ruoms. Une descente de l’Ardèche alternative pour éviter les foules sous le Pont d’Arc. La dame blonde chez qui on loue les bateaux s’enquiert : vous en avez déjà fait ? Je souris et lui glisse : je suis du coin ! (Ne pas confondre). Ah bon… Nom, âge, année du bac ? On a dû se croiser dans les couloirs du lycée !

Ce tronçon de rivière je ne l’avais jamais fait en bateau. Beaucoup de monde, pas trop d’eau, comme chaque année au mois d’août. On pousse quand ça racle. Tant pis, on n’a pas d’autre occasion de venir. Circuler sur l’eau entrouvre la porte d’un autre monde. Le vent nous pousse. Ça sent la rivière, le peuplier et parfois la vase. Les bâteaux sont stables mais si lourds. Ma plus jeune s’essaie au kayak et, après quelques zigzags, ne se débrouille pas trop mal.

Une toute petite grenouille se cache dans l’ombre de notre kayak échoué pour un casse-croute (caillettes, fromage de chèvre de chez Pascale au marché). Une maman canard et sa tribu s’envolent. Des aigrettes blanches conversent sur une île. La vie sauvage a l’air de s’accommoder du défilé d’embarcations multicolores.

Glissade-toboggan les bras en l’air pour passer le barrage de Ruoms. Un photographe est tapi dans l’ombre. Fatigue éblouie d’une journée de coups de pagaie entre arbres et falaises. Dans le minibus de retour, ça gratte moins que dans mon enfance. Les bateaux ne sont plus en laine de verre.

Allo les amis, on peut passer ? C’est curieux, les amis ardéchois, je ne les appelle que quand je suis dans leur périmètre. Comme à l’époque où téléphone international coutait les yeux de la tête. Le reste du temps on communique par mail. Merci à ceux qui m’ont parlé de ma mère. C’est si rare.

Retrouvailles. Séparations.

Chateau d’Aubenas

Les mains se tendent vers les premières mûres dans les fossés. Je fais de la confiture avec une cagette de myrtilles de pays (achetées chez le primeur). Les cenelles de l’aubépine commencent à rougir.

Vider la maison, remplir la voiture. Tu crois qu’il faudrait acheter une voiture plus grande ? Les enfants grandissent, et puis le chien…. Ses affaires prennent une place monstre.

Route vers Lyon. Je connais chaque virage par cœur. Tiens là j’ai vomi les tomates à la provençale en rentrant de chez mon grand-père. Les fenouils sauvages des fossés ne nous accompagnent pas longtemps.

Bouchons.

Lyon. Oh Lyon ! tu te souviens ! regarde c’est là votre école d’avant !

Lyon en touriste.

Poser la copine à la Croix Rousse. Manger dans le café d’une amie sur les pentes. Je savoure chaque instant. Tous ces endroits, tous les amis croisés ont l’évidence du quotidien. Pourtant ça fait deux ou trois ans que nous ne nous sommes pas vus. Librairie. Escapade en banlieue pour voir des amis. Diner avec mon grand – par hasard ici aussi. Nuit à l’hôtel à Lyon pour la première fois de ma vie. A la réceptionniste je demande : vous connaissez un bon restau de sushis ? (ça tourne vite. Avant le covid, j’avais donné rendez-vous à mon fils devant un restau disparu.) Rue des marronniers je demande à ma fille de prendre en photo la porte d’entrée de mon longement étudiant.

Poser ma grande, radieuse, chez des amis. Avec eux elle part camper une semaine, avec ses copines anglaises de Lyon. Elle nous a dit : No offence, mais j’en ai marre d’être avec vous.

Cap plein nord, comme tout le monde en ce samedi. (Pas avant d’avoir fait un p’tit tour à Monop. Quand ça s’éternisait au rayon adulte, ma plus jeune m’a dit : allez ça suffit, sinon je te confisque Monoprix !)

Autun

Escale à Autun, parce qu’on y a trouvé une chambre d’hôte de charme. Le charme c’est ce qui me manque le plus en Allemagne avec la variété et la spontanéité. Et ça ne s’envoie pas par la poste. Surprise de voir que la ville est jumelée avec Ingelheim, sur le Rhin à quelques kilomètres de Mainz. Découverte éblouie des ruelles anciennes de cette ville superbe. Je craque. Je demande à notre hôte si je peux y revenir une semaine.
L’âme de sa grande maison vibre d’art, de calme et de la spiritualité. Notre fenêtre, au premier étage d’un escalier à vis de pierre, donne sur un jardin de curé charmant et une église désaffectée. Coins et recoins. Passé dépassant. Aurais-je le courage et prendre les cinquante correspondances en train et car pour y retourner avec mon portable et mes cahiers pour avancer sur mon livre ?

Vite un tour au musée Rolin. Extra. Casse-croute dans un café. Accueil abrupt. Gaïa n’arrête pas d’aboyer. Oups.

Cette fois, on n’y coupe pas.

Sous la pluie nous programmons Mainz dans le GPS du téléphone. Au passage de la frontière, pas de contrôle. Mais ma plus jeune se met à pleurer. Ma gorge se serre. Heureuse de retrouver les copines allemandes, mais triste de quitter les françaises et mes paysages.  

Un ange gardien veille-t-il sur les cœurs en transit ? Un arc-en-ciel apparaît au bout de l’autoroute. Entre la frontière et Mainz, l’asphalte se prolonge dans l’élan d’un ruban coloré. Presque deux heures à se laisser guider par la lumière des gouttes de pluie.

Je veux croire que c’est de bon augure.

C’était vraiment bon ce tour de France. Vous nous manquiez. Nous n’avons pas pu voir tout le monde, ce sera pour une fois très prochaine. Un rapide coup d’œil aux infos locales nous rassure : pas de confinement prévu à court terme. Juste les élections.

Pour toute activité à l’intérieur la règle des 3G s’applique : genesen, geimpft, oder getest (immunisé, vacciné, ou testé). Je le vis plus sereinement. Maintenant je suis vaccinée.

(On n’a pas calculé nos kilomètres ;o))

(Aucun sponsor ne s’est immiscé.)

6 thoughts on “Grandes vacances : notre tour de France – 2

  1. Tu te “défonces” dans ce récit de vos vacances en France,beaucoup d’humour,ton style paraît plus léger…J’espère qu’il n’y aura pas de confinement ,couvre-feu et tout le reste à cause d’une recrudescence de cette saleté de virus et que vous pourrez revenir respirer le bon air français plus souvent.ça vous réussi.Bises
    Dany

    1. Merci bcp Dany ! Oui ça nous a réussi de recharger nos batteries françaises ! J’espère à tout bientôt. bisous

  2. Merci pour ce voyage partagé, même sans être expat , ça nous rappelle combien la France est belle et variée. Vous l appréciez sûrement plus que nous, c est l avantage quand on en a été privé ! A très vite pour un moment plus long… Bonne rentrée à vous tous !

  3. Pareil pour la plaque de la voiture, je n’assume pas beaucoup notre plaque allemande et après qu’on s’est fait vandalisée notre voiture sur un parking en France il y a deux ans, on ne la laisse plus seule lors de nos brèves pauses.

    Vous avez fait un bon séjour en France. Nous avons moins bougé mais ça fait du bien quand même. Le retour n’est pas simple cette année.

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