Doux-amer

Süß und sauer ~ Notre Brexit perso, Halloween, et réapprendre à accueillir.

Drapeau tricolore on avait dit

Hier je vous avais écrit un article sucré sur la pâte de coing et autres considérations alimentaro-culturelles. Ce matin un truc s’est invité chez nous. Comme ça sans frapper, à 7h40. Le Brexit vous en avez entendu parler vous ?

Mon mari, un mug de café à la main : « Pour Noël, faudrait qu’on vérifie si on peut toujours aller en Angleterre avec seulement une carte d’identité. »

Les passeports des filles sont périmés depuis longtemps. Leur renouvellement implique de se déplacer au consulat de Francfort, en horaires de bureau, et donc de faire sauter un jour d’école aux enfants. (La grande, à plus de douze ans, doit aussi le récupérer en personne.) En période de restrictions de voyages, on ne s’est pas précipités, non.

M’enfin on ne peut pas dire qu’on a été pris en traitres.

7h41. Vite, ouvrir le site de l’ambassade française à Londres. Vérifier. « Depuis le 1er octobre 2021 il n’est plus possible de se rendre au Royaume Uni avec une carte d’identité. » EH M*** ! ‘’T’as vu regarde c’est marqué qu’il est interdit d’y partir comme au pair, c’est pour ça que la fille de nos amis n’a pas pu y aller’’. Les conditions semblent plus drastiques qu’avant l’entrée du Royaume Uni dans l’Union Européenne.

Ouvrir le site du consulat. Rien avant le 2 décembre (rien après non plus). Prendre des rendez-vous. Tant qu’on y est, faisons refaire les cartes d’identité périmées. Noter et photographier des numéros interminables. Quatre fois. Dans une Europe à la libre circulation des personnes on oublie que les frontières se franchissent avec des papiers en règle.

Comment avons-nous pu négliger cela ? Le Brexit s’étale depuis des années sur les magazines anglais auxquels mon mari est abonné : Private Eye (sérieux et satirique), The Economist (juste sérieux). Je viens de terminer le roman de Jonathan Coe Middle England sur la société du Brexit (voir nouvelle rubrique Mes lectures). C’est malin. On n’a pas pu voir la famille anglaise depuis deux ans. Mon grand garçon étudie cette année à Leeds. On doit le retrouver à Londres.

Ça sent le Stollen et Noël en Allemagne. J’en connais qui vont hurler ! (moi)

A quelle heure il ouvre le consulat ?

Et Mister Cameron et ses sbires inspirés qu’est-ce qu’ils font en ce moment ? Ils coulent une retraite tranquille après avoir mis tout le monde dans la mouise ? (Vraiment dans la mouise, pas juste pour se demander si oui ou non ils pourront partir en vacances à Noël). Les criminels n’ont pas tous du sang sur les mains.

Restons optimistes. Croyons en la célérité administrative française (euh ?) et en sa capacité à compenser notre négligence.

La France, récemment mise à l’honneur dans le collège de mes enfants avec la présentation officielle de l’Abibac (double baccalauréat : Abitur allemand et bac français). Discours de la direction et d’un représentant de l’Institut Français. Distribution de masques tricolores. Attends fais voir ? Penche la tête sur le côté pour voir. L’Abibac a été vanté devant une classe aux couleurs des Pays-Bas.

Qui a signé le bon à tirer des masques ?

La paperasse, pourtant ici c’est une véritable passion culturelle. La preuve par l’exemple ci-dessous.

Le Rhin à Budenheim

-Ah tiens, t’étais où ?

Mon mari accroche sa veste au porte-manteau qui déborde. Comme il bosse toujours à la maison, je n’ai plus l’habitude de le voir aller et venir sans moi.

-Au garage. Je suis allé chercher la voiture.

-Ah oui c’est vrai.

La voiture a 14 ans. Eh oui. (Japonaise, puisque vous insistez). Il fallait mettre les pneus hiver, et procéder au contrôle technique. On plaisante pas avec la législation.

-Qu’est-ce qu’ils ont dit ?

-C’est tout bon. Mais il y avait une non-conformité au niveau de l’airbag conducteur.

-Ah ?

-Oui y’avait un truc dessus et c’est interdit.

Yeux écarquillés.

-L’autocollant de la Croix-Rouge.

A un feu rouge, un jour, une personne faisait la quête pour l’association. En échange de quelques pièces, elle nous avait remis ce badge, preuve de notre solidarité. Faute de meilleure idée, on l’avait collé juste devant nous : sur le volant. Ça fait des années qu’il y est. Il a déjà passé des contrôles techniques. Il est grand comme un (petit) timbre poste.

-Hi, hi. C’est pas vrai ?

-Si. Ils ont déplacé l’autocollant et établi une fiche avec la non-conformité et sa correction.

Ouf on respire.

Ils sont sympas comme tout au garage, mais la consigne c’est la consigne, que voulez-vous. Allumeurs de réverbère sans Petit Prince.

Mon esprit indiscipliné se rebelle toujours contre le suivi aveugle des règles. (Disons que je suis volontiers les règles si j’en vois l’intérêt et la logique). Sinon je ne comprends pas.

Tout le monde ne cale pas son comportement sur l’acceptation. Il y a deux ans, j’avais accompagné la classe de CM1 de ma fille au siège de la ZDF (chaine de TV). Les élèves marchaient deux par deux sur le trottoir. J’avais du mal à ne pas enjamber les deux mètres de pelouse pour atteindre l’arrêt de tram. Les gamines qui guidaient la troupe n’ont même pas envisagé le raccourci.

Bon.

Au moins c’est fait. La voiture est en règle. Les papiers… bientôt. A l’école, mes enfants apprennent à la suivre (la règle pas la voiture, on les accepte encore dedans malgré les soubresauts de l’adolescence). A la maison, ils révisent les gros mots (en français – en anglais et en allemand ils en connaissent moins).

Sourire crispé.

La vie revit.

Octobre a tiré sa révérence… c’est mon mois préféré avec les couleurs des arbres, le bleu du ciel, l’air frais et les rayons de soleil chauds encore. Le jardin est encore joli, à la prochaine pluie (aujourd’hui) toutes les feuilles seront à terre. Pourquoi le pommier d’à côté est-il encore tout vert ?

Créations familiales

Halloween est passé par ici. Comme il y a deux ans, les gosses du quartier ont défilé dans une ambiance bon enfant. Chaque petit groupe de sorcières et de fantômes, accompagné ou non d’un parent en fonction de l’âge, récitait un petit poème, pour obtenir des bonbons. De garde à la porte, j’en ai entendu au moins cinq différents. Qui le leur a appris ? Leurs maîtresses ?

Mes filles, maquillées et déguisées, se trouvaient trop grandes pour le porte à porte, mais ont fini par craquer. Une dame a exigé :

-Un poème sinon pas de bonbons !

-Euh en anglais on dit juste Trick or treat !

Mon mari le leur rappellera : « Elle n’a rien compris à Halloween la dame. Le chantage c’est dans l’autre sens. »

Dans l’après-midi (à la dernière minute donc) j’étais allée au supermarché avec ma plus jeune pour acheter des bonbons. Impensable d’attaquer les stocks de Carambars et Dragibus rapportés de France. A la vue du choix limité en sucreries emballées individuellement, je me suis écrié « Ah là là ces Allemands, pourquoi ils sont toujours décalés ? » Chaque fête est anticipée de trois mois. Quand la date approche, les magasins sont déjà passés à la suivante.

Nos munitions sucrées sont rangées dans un sac en tissu, où les gosses plongeront la main. (Tiens l’an prochain, j’y glisserai un ou deux sachets de thé utilisés. Hé, hé.) Les décorations sont accrochées, les citrouilles posées devant l’entrée. Mes filles ont fabriqué une bouche de monstre géante en carton à coller devant la porte. Sonne qui ose.

Reste à ranger la maison. Nous attendons des invités pour le déjeuner d’Halloween. Des invités !? Par où commencer ? Ah oui, faire le tri dans le tiroir des papiers à dessin. Un tiroir, vraiment ? J’ai oublié comment accueillir du monde.

Au menu : soupe de butternut à la noix de coco, selon une très bonne recette de Jamie Oliver. Un de nos classiques d’automne. Elle a à peine accroché au fond. Ça sent pas trop le cramé ? Si. Ma fille raconte notre quête de bonbons de dernière minute. « Y’avait plus rien, alors maman elle a dit, Oh là là ces Allemands ! » Elle répète au moins trois fois. Parce que c’est son habitude. Comme ça ils ont bien entendu.  Ouais mais tu comprends, c’est parce que je suis toujours en retard sur le rythme local pour mes emplettes saisonnières.

Notre chienne Gaïa a appris à sauter sur les gens. Elle fait des trous, des gros trous, toujours des gros trous. Des trous dans le tapis, des trous dans les habits. Des trous dans le jardin. Elle n’a pas fait de trous dans les invités.

Dis les amis vous reviendrez hein ? Il était pas mal le munster (dégusté fenêtre ouverte) ? et le sticky toffee pudding ?

Ah ces gosses ! (Ah, ces mamans organisées à la française !)

Sur ce, je vais téléphoner au consulat. Ils organisent une enquête de satisfaction en ce moment. Peut-être le moment de solliciter une faveur. Un p’tit Carambar Madame la Consule générale ?

Croisons les doigts ET serrons les pouces.

PS : On a bien fait de prendre les rendez-vous au consultat tout de suite. Deux heures plus tard il n’y a plus aucun créneau. Du tout.

14 juillet in Mainz

18°, école, pas de feu d’artifices. Et pourtant une histoire de libertés.

Je reste libre (distanciation au restau)

Aujourd’hui, les classes de mes filles ont organisé leur sortie de fin d’année. L’une est partie faire de l’accrobranche (Kletterwald), tant mieux ! La menace de pluie a fait renoncer la classe de l’autre (qui en saute de joie) au mini-golf, pour se rabattre sur des jeux en salle et des pizzas. Dans ces classes à français renforcé, l’encadrement semble avoir oublié la fête nationale française. Mes filles se chargeront de le rappeler. Vendredi, remise des bulletins en main très propre et en grande pompe. Prière de vider les casiers. Les cours s’arrêtent ensuite pour les six semaines réglementaires.

Ah ces fins d’année scolaire ! Pourtant covid oblige, pas de spectacle, de concert, ou de barbecue géant. C’est dommage, c’est tant mieux. J’adore rencontrer des nouvelles têtes sympas, mais le bavardage social m’épuise. Ma cervelle survoltée refuse de dormir et saute sur le lit comme un gosse sur un trampoline. Il me faut deux jours pour m’en remettre.

La classe de ma plus jeune a eu le droit d’organiser un pique-nique. Dans le parc, autour de nous, quatre autre pique-niques de quatre autres classes, autour d’une Wasserspielplatz. Dans cette fontaine géante peu profonde avec jeux d’eaux les enfants s’aspergent. Une super idée plutôt que de gronder les propriétaires de pieds trempés dans les bassins décoratifs.

Nous nous sommes installés sous un châtaignier dont les chatons défleuris sont autant de clins d’oeil de mon Ardèche. Une maman cherchait où étaler les victuailles apportées par les familles. J’ai proposé mon plaid. Le déplier sous des regards étrangers m’a motivé à braver les instructions de l’étiquette et à le laver. Pour mieux présenter mes carrés aux dattes, j’avais acheté le matin même de belles boites en plastique turquoise. Les familles allemandes mettent la barre très haut concernant la présentation de leurs gâteaux. Mes emballages sont plutôt poétiques disons. Je tâche d’apprendre.

Oui les fins d’années scolaires sont tumultueuses. S’ajoute à la clôture de l’année et aux préparatifs de voyage, l’organisation d’un parcours de santé en terre francophone. Le rappel des vaccins bien sûr. Mais pas que. Comment faire quand on vit dans un no man’s land trilingue pour faire un bilan d’orthophonie ? Dans quelle langue ? Faudra-t-il en faire plusieurs ?

J’ai appelé un cabinet du sud-ouest. L’accent chantant de la jeune femme m’a fait fondre. Nous avons eu de la chance de pouvoir prendre un rendez-vous en période estivale, à court terme, et dans un coin où d’autres expatriés font les mêmes démarches.

Il est temps de partir.

Les aboiements de Gaïa tapent sur les nerfs des voisins donc on la garde à l’intérieur. Où elle tape sur les nôtres. Elle se donne du mal : elle pose des crottes un peu partout, à toute heure du jour et de la nuit, ce qui n’était pas le cas à son arrivée. Mes filles et mari savent que je n’aime pas les chiens et que j’ai accepté l’adoption pour raison thérapeutiques. Je n’ai encore dû ramasser aucune offrande. Merci à eux.

Nous voilà donc avec une chienne qui ne joue pas, perd ses compétences de propreté et aboie de plus en plus. J’ai posé la question aux miens : franchement quel est l’avantage de Gaïa ? Je n’ai pas eu de réponse. On m’a dit que c’était important d’aider un chien des rues. Jusqu’à quel point ?

Mon besoin de calme et d’un chez-moi apaisant est piétiné. Mes soirées se calfeutrent sous un casque anti-bruit. Je n’ose plus lire dans le salon – c’est trop le bazar, le sol impossible à garder propre. Déjà avant le chien je me planquais. C’est pire. Je les ai prévenus : faute de solution de cohabitation plus équilibrée, un jour explosif l’alternative risque d’être simple : l’animal ou la maman.

Nous allons faire le tour de Gaule, avec étapes chipirons à la plancha, tarte aux blettes, crème de marrons en tube. Plongeons remuants sous les rouleaux de l’Atlantique (c’est où le ciel déjà ?), baignades depuis les rochers de Méditerranée qui martyrisent les pieds et massages dans les torrents de l’Ardèche. On va bouffer du kilomètre, avec Gaia dans la voiture (yeux au ciel gris). Y’a tellement de monde qu’on a pas vu depuis trop longtemps ! Dans la piscine vide, j’enchaîne les longueurs et m’échauffe les bras pour les embrassades. Sous les gouttes, l’eau prisonnière redevient sauvage.

Au fait, dans quel format seront autorisées les retrouvailles ?

Une amie m’a prévenue de nouvelles annonces sanitaires (j’évite toujours les infos). Quoi ? Le gouvernement doit forcer le personnel soignant à se faire vacciner ? Mais ce n’est pas déjà fait ? Si c’était le contraire y’aurait une levée de bouclier pour dénoncer la mise en danger des personnes.

Il est nécessaire de prendre des mesures pour encourager les Français à se faire vacciner ? Le bon sens a besoin d’un coup de pouce… Le risque ? Quel risque ? Celui d’un accident de voiture est bien plus élevé. Celui d’une maladie grave tellement plus fort.

Les mesures incitatives (vaccin ou test pour accéder à une salle de plus de 50 personnes), sans doute insupportables pour certains esprits français, sont en place depuis des mois en Allemagne, sans jauge minimum. Vous le savez, ça m’a fait râler tant et plus, faute de pouvoir me faire immuniser. Pourquoi les médias relaient-ils si peu les choix étrangers pour rappeler aux Français leur chance d’accéder au vaccin sans combat ? De vivre dans une société qui privilégie la liberté – si tout le monde joue le jeu et que les égoïstes ne comptent pas sur l’immunité des autres.

Dans Private Eye, le journal satirique anglais auquel mon mari est abonné, un dessin humoristique présentait un Français refusant de faire « entrer des virus et des bactéries dans son corps », avant de se resservir de roquefort.

Comme partout, les conditions de nos vacances seront encadrées par les mesures politiques. Pour nous débarquant d’outre-Rhin, l’environnement français sera une libération. Si nous avons bien notre vaccination comme prévu (touchons du bois, serrons les pouces comme on dit ici) ma fille et moi pourront aller au restau en août mais pas mon mari qui n’aura sa deuxième dose qu’au retour en Allemagne.

Pardon. Pardon. En m’asseyant à mon bureau, je n’avais pas prévu de m’étendre sur le sujet. J’essaie d’éviter cette thématique qui me rappelle combien l’humanité a la mémoire courte et les ondes sont encombrées par les imbéciles. C’était quoi déjà le taux de mortalité avant l’invention des vaccins ?

Sur une façade de Mainz, près du Rhin

Grâce au télétravail délocalisé, nous pourrons prolonger notre séjour en France. Quitte à foutre le camp… Une chambre-bureau avec vue sur mer, ça changera du parking des voisins. Ils pourront souffler en l’absence de notre aboyeuse et nous sans leur perceuse. Notre grande restée avec des copines rentrera seule pour la première fois en TGV direct Lyon-Francfort. Question à deux euros : une mineure a-t-elle besoin d’une autorisation de sortie du territoire pour rentrer chez elle ? Je viens de vérifier, la réponse est non. Pourvu que l’éventuel douanier / contrôleur soit au courant.

La logistique est en place. Les valises familiales à peine commencées. (C’est pas faute d’en parler – cf article La valse des hésitations). Pour l’âme hypersensible de qui vous savez, ces road-trips sont épuisants. Afin d’amortir la bosse-petit pois des changements répétés, des étapes-matelas sont organisées dans des chambres d’hôtes de charme. Histoire de faire le plein de calme et de beauté. Les casse-croûtes seront solides et ponctuels (mon humeur plonge avec ma glycémie, gare à mes covoitureurs). J’ai réservé des moments de solitude sous les pins pour recharger mes batteries.

Enfin, ça c’est la théorie.

Mes filles m’encouragent à prendre des vacances d’écriture. J’ai besoin là aussi d’une pause régénérante. Mon roman bénéficiera d’un regard lavé. Les idées continueront de germer, mais il attendra un peu. Le blog peut-être moins. Si le stylo me démange, vous serez les premiers informés.

Ça se dit, joyeux 14 juillet ?

Drei Mädchen Brunnen, Ballplatz – Mainzer Altstadt / Fontaine aux trois jeunes filles, sculpture en Bronze de Josef Magnus.

En Avril, reste dans ta coquille

Vacances de Pâques à la maison, comme à Noël, comme l’an dernier.

Ce n’est pas une surprise.

Chaque jour qui passait nous le confirmait. On allait encore être assignés à résidence aux vacances de Pâques. Privés de France et de dépaysement. La vaccination n’avance pas : les plus de 70 ans commencent à peine. Les communiqués du Minsitère de la Santé allemand misent tout sur les tests rapides, en précisant que seuls les résultats positifs sont sûrs, quand on a déjà des symptômes. Pour les négatifs, prière de prendre les précautions habituelles.

Pourtant, on a voulu y croire.

Nous avons réservé une colonie de cheval pour les filles. Elles se sont tellement régalées aux vacances d’automne, elles voulaient y retourner. Nous étions ravis de nous échapper en amoureux (bon presque, avec la chienne) dans une location sur la mer du Nord.

Les deux projets ont été impossibles. Bien sûr.

A Noël nous avions déjà réservé (puis annulé) un gîte en Forêt noire. Au cas où.

On a l’impression de faire un effort et de jouer le jeu du sacrifice à la pandémie : les vacances en Allemagne c’est pas notre premier choix. Mais sans frontière entre notre résidence et notre destination de congés peut-être pourrons-nous partir ? Oublions pour l’exercice que l’Allemagne est un pays fédéral et que les règles peuvent changer d’un Land à l’autre.

Un calcul naïf. Un mélange de déni, d’espoir, et d’ennui.

Si, si. Faisons comme si. Comme si tout était possible dans deux, trois mois. Réservons des vacances.  On y gagne une semaine d’évasion condensée en quelques minutes de clics.

Là regarde, ce sera bien ! Imagine les promenades dans les dunes de plages blanches ! Tu sens le sable qui glisse sous tes pieds nus et le vent dans tes cheveux ? Découvrir enfin la Wattenmeer, ces étendues immenses découvertes à marée basse comme dans la baie du Mont Saint-Michel ! Le gîte est dans une maison ancienne, sur un petit port où s’amarrent les bateaux de pêche à la crevette. Le phare rayé rouge et jaune se rejoint à pied dans les landes. On pourra peut-être prendre un ferry pour visiter le chapelet d’iles au large des côtes néerlandaises et allemandes. Ah, sentir la respiration de la mer. Voir l’horizon de près !

« On, pronom imbécile, mis pour celui qui l’emploie. » comme disait ma tante, institutrice en Provence. 

On a joué.

J’ai, tu as, il/elle a perdu.

On recommence.

Et les vacances de Pentecôte ? (Les vacances d’été commenceront mi-juillet : on a perdu les congés de février mais gagné cette coupure fin mai).

Nos corps vaccinés pourront s’échapper vers une grande braderie de destinations. Evadez-vous, y’en aura pas pour tout le monde ! Pour éviter les bouchons et la foule il faudra… rester en Allemagne, mais loin de la côte et des reliefs. A la maison quoi.

Non.

Pourtant, patientons avant de retomber dans le cycle fou de l’analyse de probabilités corrigées des données de vaccination et des destinations possibles sous conditions, suivi de la lecture du guide touristique un fluo à la main, puis du clic de réservation avec le petit mail de précaution (et si….).

Compte à rebours désenchanté. Déni jusqu’à la dernière minute. Colère.

Encore.

Là on a envie de dire des méchancetés à qui veut les entendre (et même à ceux qui ne le souhaitent pas), de faire payer à son entourage la monotonie des jours. De lui faire bouffer ce chien qui aboie de plus en plus. De vider un seau d’eau sur la tête des voisins qui passent leurs nuits de week-ends à boire de la vodka sur leur terrasse – c’est-à-dire sous nos fenêtres.

Quand on a vécu dans le grand nord de la Russie, le froid n’a pas de prise : ils font ça en toutes saisons. Un peu gênés et apeurés d’aller leur dire qu’ils nous emm… (c’est le monde à l’envers), nous avons sonné à leur porte. Monsieur a répondu avec le sourire : “Dites-nous sur le moment quand ça vous embête ! On ne veut pas que vous accumuliez de la rancoeur !” Bien sûr. Trop tard. Il n’y a rien de plus réceptif qu’un cerveau alcoolisé. Ils abdiquent toute responsabilité et nous transfèrent le rôle de cadrer leur comportement irrespectueux. Comme des gosses. Où sont les ”vrais” Allemands du quartier ? Ceux qui rappellent à leur prochain l’impératif de respecter les règles sociales et téléphonent à la police à 22h15 ? Dont le regard muet vous met au garde à vous ? Ceux qui installent des portes aux cagibis des poubelles pour que les immigrés franco-anglais du coin de la rue (nous) ne viennent plus y poser un petit sac de compost bien fermé. Ah ceux-là, quand on en a besoin….

Résignation.

Allez, il fait beau, on va pique-niquer. Les balades stimulent. On fait semblant de prendre l’air et on ramasse quelques miettes de dépaysement. Les alouettes égaient des champs monotones. Ça sent le miel et le chou. Des éoliennes dépassent au creux d’une forêt (c’est écolo mais qu’est-ce que c’est moche : ça ruine le côté sauvage de la campagne. Ici elles prolifèrent, peut-être pour se racheter une conscience d’abuser de l’électricité au charbon de la Ruhr ?)

Quelques poches d’épicéas verts résistent au milieu des squelettes de leurs confrères. Les sécheresses des derniers étés ont prélevé leur dû. Il faut enjamber des troncs à terre. Sous les conifères les flancs des collines ressemblent à des mikados géants. Les forestiers coupent, entassent, replantent des espèces résistantes à la nouvelle chaleur. Ça ne me surprend pas : j’ai toujours associé l’épicéa à l’altitude. Ici ils poussent (poussaient) en plaine. Quand j’en vois mon corps réprime un frisson inutile.

Puisque c’est la saison, plantons ! J’abreuve d’engrais les fleurs installées dans notre pauvre terre de remblais. Je sème et je repique. Inspirée par une amie dont les semis prospèrent je m’applique. D’habitude c’est free style. Incapable de résister, chaque année j’achète plein de sachets de graines. Je les éparpille dans tous les trous de terre libre. Puis je les oublie et j’espère… Un germe vert me comble jusqu’à ce qu’il s’étiole faute de soins précis. Seules les capucines et quelques cosmos pardonnent l’improvisation.

Cette année j’ai semé à l’intérieur des zinnias et des pois de senteur (ensemble par erreur), des soucis, de la bourrache aux étoiles bleues au gout de concombre, et des mufliers. Ils poussent à des vitesses très différentes. Les soucis s’étirent, les mufliers plantés quelques semaines plus tôt restent minuscules. J’ai éclairci patiemment. Ma pépinière de petits pots se tend vers la lumière. Comme dans les caves de champagne, je tourne mes protégés un peu chaque jour. Hier, encouragée par la chaleur, j’ai semé dehors, directement dans de gros pots, les capucines et les cosmos et une prairie fleurie. J’ai bien arrosé.

Bien sûr Gaïa aime fourrer son nez dans les pots. Que trouve-t-elle à y manger ? Elle rentre le museau plein de terre. Mes plantations semblent ravagées par de minuscules sangliers. Va falloir progresser en éducation canine si je veux donner une chance à mes fleurs.

L’info est tombée. La France aussi retourne à ses quatre murs. Ah on ne s’en lasse pas hein ?

Mon mari a repeint ceux du rez-de chaussée dont la propreté laissait à désirer. Moi j’ai passé l’aspirateur sur les murs (les araignées se sentent bien chez nous). La verticale ne m’arrête plus. Je suis toute folle : on a reçu les pièces détachées pour nos appareils électroménagers défectueux (aspirateur et lave-vaisselle) qui nous agaçaient à chaque utilisation. Le bonheur simple comme un coup de sonnette. Comme un morceau de plastique dans un emballage en carton.

Aujourd’hui vendredi saint, est férié. Les rayons oeufs des magasins du coin sont dévalisés. Au matin de Pâques les enfants allemands cherchent de vrais œufs colorés dans l’herbe. En prime bien sûr ils ont des chocolats et des petits cadeaux. Nous on est restés fidèles aux chocolats. C’est toxique pour les chiens. Où allons-nous les cacher ?

Dans l’actualité qui piétine, quelques changements rendent un bout de sourire. Les asperges locales ont fait leur apparition au marché. Encore chères, on attendra. L’ail des ours aussi (Bärlauch). Les cabanes de bois éphémères déguisées en fraises ont poussé sur les parkings. Même fermées, elles sont autant de promesses de renouveau gustatif. L’étalage de notre maraîcher compte beaucoup trop d’espèces de choux et de pommes de terre.

Nous avons fait notre première Grüne Sosse (sauce verte) du printemps. Cette spécialité de Francfort est cuisinée avec une quinzaine d’herbes fraîches (estragon, pimprenelle, bourrache, persil, ciboulette, oseille, cerfeuil…) hachées avec des œufs durs écrasés, une vinaigrette et un peu de crème liquide et de yaourt. Elle accompagne les pommes de terre ou la viande. C’est bon et ça fait faire un peu la grimace. Ça sent l’herbe fraîche coupée et le vinaigre. A la première cuillère, je me surprends à dire « Ça sent l’Allemagne ! ». Une touche de chou rouge mariné, de choucroute… Les Allemands aimeraient-ils bien l’acide ? Pourtant les cornichons (en français sur le bocal) que nous avons enfin finis hier étaient plus sucrés que piquants.

Le soleil s’est caché aujourd’hui, je vais devoir rentrer mon étendage. La météo annonce un plongeon vers des températures négatives et la neige. Fini l’été express.

Et maintenant on fait quoi ? On regarde pousser les graines ?

Allez, on réserve les vacances de Pentecôte. Il sera toujours temps de les annuler en fonction des informations-vaccinations-décisions. Alors les enfants on va où ?

Pour l’instant on ne sait pas encore. On encaisse la déception.

J’en reste là.

Je reste là.

Energies gaspillées (non renouvelables)

Comment se préserver des agressions extérieures quand elles s’infiltrent tous les jours via nos écrans ? Pour les hypersensibles ça relève de la survie.

Ferme le robinet quand tu te brosses les dents ! Arrête le radiateur quand tu ouvres la fenêtre ! Eteins la lumière quand tu sors !

Préserver l’eau et l’électricité, économiser l’argent qui les paient. La leçon est connue. On reste vigilant. Pourtant une certaine énergie devient de plus en plus difficile à préserver : celle qui nous sert de bouclier contre la boue répandue dans les médias au sens large. Morts aux cons… Vaste programme (mon père). Et tant pis pour la solitude (mon prof de philo de prépa).

Certains ont un pouvoir de nuisance plus élevé que d’autres.

Mon fils m’a tracé une courbe sur un petit calepin : la montagne de l’imbécillité (sic – on a beau avoir fait hypokhâgne et khâgne, on a toujours besoin de mettre deux L aux imbéciles, peut-être pour qu’ils soient plus légers à supporter – et là je peux utiliser le ‘sic’ comme il faut, c’est lui qui m’a corrigée). En abscisse : la connaissance, en ordonnée : la confiance. La courbe dessine la bosse d’un dromadaire avant de remonter en pente douce, après la vallée de l’humilité. Le nom savant c’est l’effet Dunning-Kruger. Rappelez-vous Michel Audiard : ‘’Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait’’.

Ne suivez pas mon regard. Les cons pullulent hélas. Trop près de nous parfois : on est toujours le con d’un autre. M’enfin…

Quand je vois l’énergie qu’il faut dépenser, et l’argent gaspillé tout ça parce qu’un jour un politicien ambitieux et peu scrupuleux des conséquences (pardon pour les pléonasmes) a proposé la baguette magique du Brexit pour résoudre tous les problèmes. L’énergie pour rétablir (un peu) les faits quand la personne à la tête du pays le plus puissant du monde passe son temps à mentir. Celle pour colmater les brèches dictatoriales dans la démocratie. Quel gaspillage de tous les efforts de construction des générations précédentes comme s’ils étaient acquis. Gaspillage de temps, d’argent, de notre patience. Quelle insulte au bon sens de leurs électeurs !

Mainz, dans une ruelle

J’essaie de me préserver au maximum des réseaux sociaux.

J’ai une image très négative de Twitter où je n’ai aucune envie de tremper les neurones. Facebook m’a rebutée quand j’ai créé une page pour mon atelier de peinture sur céramique voilà quelques années. Bilan, je ne suis présente que sur Instagram et encore du bout des doigts. Son côté créatif, esthétique et gai me plait… dans le respect des doses prescrites. L’uniformité lisse est insidieuse. La toxicité s’insinue dans les atteintes à la confiance en soi. Une goute par ci, une goutte par là. L’acide de la perfection des autres ronge la peau.

La vitrine des apparences sur écran est encore pire que dans la vraie vie. Là où on se comparait malgré soi à un ami, un collègue, un voisin, on peut se mesurer à la terre entière. Une terre sans aspérités et homogène, jeune et en bonne santé. Peuplée de petits chats et de jolies filles (peu habillées). Je cherche à apprendre : dans les dix trucs pour améliorer sa présence Instagram il est conseillé de poster des photos de son chien. Vraiment ?

(Non ça ne me suffira pas à céder aux supplications de mes filles).

Soucieuse de préserver mon cerveau hypersensible de conséquences démultipliées, je filtre énormément. Mais l’autre jour tentée par un site créatif, je me suis laissé happer par des photos dignes de magazine, des réalisations à mon goût… Ma raison a beau eu me chuchoter de me méfier des apparences, j’ai posé mon téléphone avec amertume.

Vilaine jalouse.

Ça n’est pas très agréable comme sensation vous imaginez. Ni de se regarder devenir comme cela.

Le Rhin à Budenheim, samedi

Je filtre mais même sur la page de l’actrice anglaise, Miranda Hart, mon gourou en authenticité j’ai été choquée. Pas par elle, non, car c’est la seule personne dont j’ai connaissance qui accepte de se montrer ”pour de vrai” le cheveu gras ou mal habillée. Elle le fait ostensiblement sur sa page pour contrebalancer les mensonges par omission de la planète. Elle partage des sensations qui semblent sincères. Même s’ils viennent pour son humour, ses fans restent pour sa vulnérabilité assumée. Elle les touche au cœur.

Donc là, sous un de ses posts, j’ai lu une de ses réponses (bienveillante, ouverte) à quelqu’un. Intriguée, j’ai lu le commentaire (pof glissade dans le piège insidieux des réseaux sociaux : toujours plus, et même vers des destinations que l’on souhaite éviter). Et là je suis choquée : une Américaine avait écrit dans une forme raisonnable des arguments qui l’étaient moins. En substance : J’en ai marre d’être considérée comme une méchante parce que je vote républicain.

Non.

A un autre moment de l’Histoire oui mais aujourd’hui, non.

Trop facile.

Quand un charlatan monstrueux a eu quatre ans pour montrer son pouvoir de nuisance, on ne peut pas se cacher derrière la couleur de son bulletin de vote. 70 millions de gens ont pourtant voté pour lui. Mon mari dans une démarche scientifique cherche à savoir pourquoi : il réfléchit. Mon analyse politique est plus expéditive. Ce sont des gens irresponsables qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur fusil pistolet (un fusil c’est encore trop long). Des gens qui osent tout. La proportion donne le vertige.

Le Rhin, en face, un autre samedi.

Là ma raison revient à la charge : tu veux t’améliorer sur Instagram ? Tu veux être likée par une majorité molle ? Celle que tu fuis au quotidien parce que tu ne t’y sens pas bien ? Tout ça pour le petit boost d’endorphine ? Et en refusant de tricher ? Ressaisis-toi. Miranda peut se le permettre grâce à sa côte d’amour gagnée par son talent d’humoriste. Toi si tu y vas franco tu vas juste faire peur.

Non mais tu comprends, je lui réponds (ça discute beaucoup dans ma tête, pffff), j’essaie juste d’apprendre les codes de mon époque. Pour ne pas être trop has been avec mes filles (mon fils, lui préfère les bouquins aux écrans qu’il ne fréquente pas). Rentrer dans une case ? Encore ? T’en as pas marre d’essayer ? Ça ne marche jamais et tu t’en sors avec des cicatrices.

OK, OK.

J’essaie de rester authentique dans mes écrits et mes publications. Tant pis si ça ne rentre pas dans les photos carrées d’Instagram. Ni dans les algorithmes de Google.

Mais le mal sournois s’insinue à mon insu. Chaque jour je reçois plusieurs commentaires à mes articles. Ecrits en anglais, ils semblent venir de sources aux graphies exotiques. Des mails qui parlent de toute la boue (plus ou moins légale) vendue ailleurs et pointent grâce à des liens vers ces sites. Tous les jours je consacre de longues minutes à trier et jeter. Je gaspille du temps et de l’énergie.

Je reçois aussi des inscriptions de gens inconnus aux noms aux consonances anglophones (curieux à la longue sur un site en français) et aux adresses mail sans jamais aucun rapport avec le nom. Au début j’étais contente de cette progression. Depuis juin, plus rien de louche. Ah, WordPress a dû faire une mise à jour. J’ai testé une adresse mail dans Google : Norton a clignoté comme un arbre de Noël : site dangereux.

Je me suis renseignée. J’ai appris (ce que vous savez déjà sûrement) que les commentaires malintentionnés étaient fréquents sur un blog et qu’il existait des filtres à activer (et à payer). Je l’ai fait. J’ai aussi supprimé tous ces faux abonnés. Un poids délétère s’est envolé de ma poitrine.

Gardons notre élan pour créer plutôt que pour se préserver des assauts malveillants du monde entier qui entrent sans frapper. Au moins avec les pubs dans la boite aux lettres ça reste bon enfant et local. On s’en tient aux pizzerias du quartier. Un petit carré de papier collant nous protège : Keine Werbung bitte, danke (pas de pub svp, merci).

Dans une vie grillagée de contraintes coronesques, c’est agréable de se sentir libre d’écrire tout cela. La pensée et la parole comme derniers espaces de liberté.

L’autre matin dans un élan de courage du début de semaine, et aussi pour m’occuper pendant que je grignotais mes tartines (pain archi-complet et pate d’amandes), j’ai voulu regarder les titres des journaux. J’ai tapé lemonde. Les merveilleux algorithmes de mon moteur de recherche m’ont proposé des tas de recettes de boissons au citron (lemonade). J’ai pu atterrir avec un sourire acidulé sur la une du Monde. Je n’ai lu qu’un article, dilution du sourire. Emmanuel Macron regrettait, dans son hommage à Samuel Paty, la timidité des condoléances de pays étrangers censés partager nos valeurs de liberté d’expression. J’avoue (comme dirait ma fille 500 fois par jour) que j’ai été surprise par les articles que j’ai lus dans la presse britannique sur le sujet. Timorés au point d’être ambigus. La séparation de l’Eglise et de l’Etat reste un concept exotique et progressiste même pour nos voisins démocratiques.

Novembre en ciel

Et pourtant…. A l’échelle de notre quartier, l’Allemagne, a rendu hommage à Samuel Paty.

Oui l’Allemagne, où il faut déclarer sa religion à la mairie lorsqu’on arrive (pour se voir attribuer les impôts associés). Au Gymnasium de nos filles, à la rentrée des vacances d’automne, un message du directeur au micro général a demandé à toutes les classes, du CM2 à la terminale de faire une minute de silence. 1100 minutes d’adolescents et 120 minutes de professeurs. Ça m’a beaucoup touchée. Les filles aussi bien sûr. Elles n’étaient pas au courant. D’habitude nous essayons de traduire les événements importants en langage édulcoré. Mais là nous n’avions pas encore pu. Déjà que notre benjamine ne veut pas rentrer en France par peur des attentats…

Source en cabane

Je ne devrais pas recevoir de commentaires désobligeants de la part de ceux qui redoutent la liberté d’expression. Mes articles sont classés « rouge » par mon logiciel : « ne peuvent pas être compris par des enfants de 11 ans ».

Permettez-moi de conclure sur une citation du Marquis de Sade que j’aime beaucoup : « Tous les hommes sont fous, et qui n’en veut point voir doit rester dans sa chambre et casser son miroir. »

Ça tombe bien, dans ma chambre y’en a pas de miroir.

Colère noire

Contre l’arrogance, la bêtise et la violence érigées en mode de gouvernement.

Une bible.

Une bible brandie comme une mitraillette, comme un pavé arraché à la route de la démocratie, à la voie de la spiritualité. Un livre lourd qui perd par ce geste menaçant toute symbolique religieuse et acquiert toute la violence d’un projectile.

Non.

Saint Albert (Camus) aidez-moi !

Je ne peux pas voir cela.

Je n’arrive pas à regarder les simagrées d’un personnage que même Stephen King n’a pas osé créer.

Une église vide avec deux personnages grimaçants. Une mise en scène de la bêtise et de la méchanceté. Qui vont souvent ensemble, hélas, comme disait ma mère. Et surtout, en négatif, du vide. Du vide.

Parce que les gens, le peuple, leur peuple, le peuple dont il est responsable est dehors à s’insurger, à réclamer ce que la constitution américaine leur promet et leur doit. Ce que nous nous devons tous les uns aux autres : l’égalité.

Le pouvoir et l’argent, le pouvoir de l’argent pour éblouir et sidérer, au service de l’égoïsme et de l’arrogance.

Je ne trouve pas de mot pour exprimer le mépris que j’ai de personnages de ce type.  Qui se croient importants et malins, quand leur petit jeu mesquin et pitoyable saute aux yeux effrayés de ceux qui veulent bien se donner la peine de les fermer pour éviter la sidération et suivre leur intuition.

Comment ressentir autre chose que du mépris à l’égard de ces êtres dont la bêtise insondable leur permet d’oublier que, comme les pates instantanées, ils ne sont que de la poussière et de l’eau ? Nous sommes tous égaux à cet égard. Tout l’argent du monde n’y changera rien. Ni les caprices.

Comme dirait le Petit Prince « Ce n’est pas un homme c’est un champignon ! » Et encore, tous ne sont pas toxiques.

Un gros monsieur cramoisi (orange disons) qui ne sait faire que des additions (enfin pas sûr).

Je viens de regarder les informations. D’habitude j’évite toute la journée pour me protéger, et rattrapée par ma curiosité j’y jette un regard rapide le soir. Mais là sur mon compte Instagram, un post de Trevor Noah (@thedailyshow) m’a intriguée.

Avec sa pertinence habituelle, il a dénoncé avec humour : FoxNews était la seule chaine du câble aux US à ne pas retransmettre le discours délivré par Barack Obama. ‘’FoxNews didn’t run the Obama speech because they were worried their viewers might call the cops out of habit’’ (FoxNews n’a pas retransmis le discours d’Obama car ils craignaient que leurs téléspectateurs n’appellent la police, par habitude).

Alors vous imaginez bien, j’ai regardé le discours d’Obama.

J’en avais les larmes aux yeux.

Tant d’intelligence, de compassion, d’optimisme et d’espoir, d’encouragement et de force calme, apaisante, fédératrice. Ah ça fait longtemps qu’on n’a pas vu ça de l’autre côté de l’Atlantique ! Comme ça fait du bien !

Un homme en fait. Un vrai.

J’ai remarqué que j’ai du mal à appeler ‘’homme’’ les adultes mâles. Je dis type, mec, gars… Je ne dis ‘’homme’’ que lorsque la personnalité m’autorise à y mettre une majuscule.

Donc, Barack Obama, un Homme. Enfin.

L’Amérique capable du meilleur comme du pire. Les drames qui se jouent actuellement prendraient une bien autre tournure si le gouvernement fédéral fédérait.

Je ne peux plus la voir la tête de l’autre.

Ce n’est pas une façon de parler. Littéralement, je ne peux plus la regarder.

Quand il apparaît dans mon champ de vision, par réflexe de protection, j’évite de croiser son regard. Son visage me met mal à l’aise. Il m’a toujours mise mal à l’aise. Son regard, ses traits me donnent la chair de poule. Je sens la violence, la cruauté, le mépris, la bêtise, le mensonge.

Et là ce matin, sa photo devant l’église au garde à vous avec la bible brandie comme une bombe armée…. Après avoir demandé aux sbires de tirer sur des manifestants pacifistes. Je réprime une nausée.

Je pense à Tex Avery et j’ai envie de la voir exploser cette bombe, dans les mains du gros méchant coyote.

Une muraille de soldats en armure travestis en mercenaires sur les marches du mémorial de Lincoln. Etait-ce cela le rêve dont a parlé Martin Luther King Jr au même endroit ?

Une bible.

Une bible comme un sceptre, dans un simulacre de sacre.

Une église.

La légitimité divine n’était-ce pas ce qui permettait aux rois de transmettre le pouvoir avec leurs gênes ? Et l’appel à l’armée sur un coup de tête, la violence des paroles, ne sont-ils pas ceux d’un dictateur ?

La folie des grandeurs. Des grandeurs ? Vraiment ?

La folie dégradante pour ceux qui la subissent.

J’ai l’impression de voir un enfant de 3 ans dans toute sa monstruosité égoïste et ses caprices impérieux – des bouderies, des scènes, le pied qui tape par terre, qui détruit un jouet déchu, la main excédée qui jette le robot démantibulé qui ne marche plus. Ou un ministre. Les colères d’un gamin né dans le luxe et qui l’est resté. Protégé par le respect aveugle que la société donne à l’argent – au-delà des valeurs humaines.
Sauf que là, les crises de rage, les exigences, ne sont pas à l’échelle d’une chambre ou d’une tour. Ni même d’un pays. Elles ont des impacts sur la terre entière. Rien que ça. Les Américains qui ont élu un gamin odieux déguisé en empereur qui crache au visage de tous ceux qui l’approchent l’ont imposé à la terre entière.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on voit presque autant sa bobine que le coronavirus aux informations. Deux pandémies mondiales pour le prix d’une. J’en connais une qui s’amuse là-haut. Vous l’avez voulu….

Sauf que tout le monde ne l’a pas élu.

Quand j’étais petite je ne comprenais pas pourquoi personne n’avait éliminé Hitler pour sauver des millions de vies.  Une vie contre des millions franchement le calcul est vite fait. Aujourd’hui j’ai grandi, on me dit que les choses ne sont pas aussi simples. Mais je n’en crois rien. Je ne veux rien en croire. Je suis toujours révoltée de voir que des gens visiblement instables et dangereux soient investis de pouvoirs aussi grands. Je ne comprends toujours pas que quelqu’un soit au-dessus des autres pour quelque raison autre que sa valeur humaine personnelle. Alors que penser quand elle disparait dans les abysses ?

Je me souviens dans ma vie d’avant d’un directeur tyrannique. Qui maltraitait gravement ses subordonnés. Leur mettait même à l’occasion des coups de pieds. Les envoyait tous en arrêt maladie. C’était le règne de la terreur. Tout simplement. Et tout le monde, toutes les pièces, les rouages du système courbaient l’échine. Sidérés.

Pourquoi ?

Parce que la terreur et l’emprise sont des phénomènes délétères, paralysants. La division un outil puissant de domination. C’était d’ailleurs le cri de ralliement des Nazis.

Hein Coluche, pourquoi existe-t-il des ‘’milieux autorisés’’ sur le plan de l’humanité ? Pourquoi l’argent et/ou le pouvoir donneraient-ils tous les droits ?

Ca doit bien exister la faute pour inaptitude professionnelle quand on est président d’une démocratie ? Il doit bien y avoir des outils démocratiques pour la sauver quand elle dérape, des gens humains et respectueux qui osent s’unir pour y avoir recours, par delà les étiquettes politiques.

Le roi est nu.

Tous les gens qui se donnent la peine de réfléchir et de sentir le savent. Les comédiens intelligents ont plus de matière qu’il n’en faut. Mais dans les milieux politiques peu osent le dire. Je suis soulagée de voir que son ancien Minsitre de la défense se soit autorisé à sortir de sa réserve.

Lueur d’espoir de ce côté-là.

Non ce n’est pas simple. Mais quand même. Ce doit être possible. De parler, d’agir. D’élire un gouvernement qui aide au changement vers plus d’égalité, de fraternité, de solidarité. Un président respectueux des êtres humains. S’il vous plait, Messieurs et Mesdames les Américains qui allez voter bientôt, ne nous imposez pas un deuxième mandat comme ça. Please, vote him out !

L’autre jour je regardais une conférence de presse de l’autre. Pas pour le plaisir, hein, ni pour m’informer. L’écouter parler, le voir agir sont des insultes à notre intelligence, à notre humanité – enfin pas à celle de ces électeurs, eux n’ont rien à craindre de ces côtés-là. C’était dans le cadre d’une émission humoristico-très sérieuse de John Oliver (HBO Max) sur le décryptage de l’actualité.

Un journaliste a posé une question (je ne me souviens plus laquelle) raisonnable et polie. La réponse est tombée comme un couperet : « You’re a fake ! » (Vous êtes un imposteur !)

Quand on sculpte un visage en terre, plusieurs fois je l’ai remarqué et entendu (et pour le coup c’est la même chose en France et en Allemagne) : en général il nous ressemble. Nous modelons les traits que l’on voit le plus souvent, même si on n’a pas l’habitude de s’attarder devant la glace de la salle de bains (ou si on n’y a pas ses lunettes). Alors par défaut, même sans modèle, bien malgré soi, avec l’argile on se lance dans un autoportrait.

De la même façon j’ai remarqué que certaines personnes accusent les autres de ce qu’eux-mêmes sont précisément en train de faire (peut-être faisons nous tous cela, mais cela est plus évident avec un certain type de personnalité). Cela est fort utile pour décoder les mauvaises intentions.

« You’re a fake ! »

Une interpellation, qui par un effet de miroir en dit beaucoup plus long sur celui qui la prononce que sur celui qui la reçoit. Un mode d’emploi individuel offert au public. Voilà ce que je vous accuse d’être, utilisez-le pour vous rassurer : c’est de moi que je parle avec ces mots odieux et agressifs. Je traite de mensonges ”Fake news ! ” les vérités qui m’encombrent. Doute et discorde.

Je ressens beaucoup de colère à l’égard d’un système qui croit plus en la police qu’en l’éducation, la culture ou en un système de santé universel (comme c’est le cas criant dans le budget de la ville de New York). Et qui donne les clefs de la Maison Blanche à un prétentieux immature. La répression et l’arrogance, la bêtise et la méchanceté comme mode de gouvernement. Pourquoi ? Pour quoi ? Encore ? Ne comprendrons-nous donc jamais ?

We can do better.

Je voudrais dire tout mon soutien à ces gens qui manifestent aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde pour aider les femmes et les hommes de toutes les couleurs. L’égalité il n’y a pas d’autre solution : nous finirons tous au même endroit.

Alors tendons nous la main.

Et agissons.

“All that is necessary for evil to succeed is that good men do nothing.” Edmund Burke

(Pour que le mal triomphe il suffit que les bonnes gens ne fassent rien)

PS : Un des gros problèmes avec la violence en Amérique est liée au fait que les gens soient armés (je sais, pensée puissante s’il en est). Certains pensent que le port d’armes est un droit constitutionnel inaliénable. C’est oublier de façon bien opportune le texte complet de la Constitution et le contexte de sa rédaction, n’en déplaise aux fanatiques. Permettez-moi de citer Bill Bryson dans Made in America, que je suis en train de relire.

“At the risk of exciting correspondence from the National Rifle Association, the much vaunted right of people to keep and bear arms was never intended as a carte blanche, semi-divine injunction to invest in a private arsenal for purposes of sport and personal defence, as the full sentence makes clear : “A well-regulated militia being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms shall not be infringed”. The framers had in mind only the necessity of raising a defence force at short notice. If they did favour the idea of keeping guns for shooting animals and households intruders, they never said so.’’*

Oui à l’époque, il n’y avait pas encore de police professionnelle. La défense collective reposait sur le peuple directement.

*Traduction : Au risque de susciter des courriers de la part de la NRA (association américaine militant pour le droit au port d’armes), le droit au port d’armes, tant glorifié, n’a jamais été pensé comme un droit d’injonction semi-divine d’investir dans un arsenal pour faire du sport ou sa protection personnelle. ” Une milice (réserve) bien règlementée est nécessaire pour la sécurité d’un Etat indépendant, le droit du peuple d’avoir des armes ne sera pas enfreint.” Les fondateurs avaient à l’esprit la seule nécessité de pouvoir organiser une force défensive dans de brefs délais. S’ils étaient favorables à la possession d’armes pour tirer sur des animaux ou des cambrioleurs, ils ne l’ont jamais dit.