Echanges

Voter pour rire, préparer le lycée et échanger ses gamins (ou ses parents).

A voté.


Oui oui.

J’ai voté en ligne pour le test grandeur nature du premier tour des élections législatives organisé par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Le consulat avait proposé. J’ai sauté sur l’occasion. Pourtant, le jour des élections, je pressens l’envie de glisser un papier dans une enveloppe, à l’Institut français de Mainz. Le petit frisson du devoir civique réalisé n’aura pas la même saveur depuis mon bureau. Néanmoins, c’est drôlement pratique.

Sur la liste électorale pour du beurre, une douzaine de candidats tous plus poétiques les uns que les autres : le parti des abeilles en grève, des coccinelles, des herbes aromatiques au balcon… J’ai choisi une femme, avec des co-équipiers-arbres dont un châtaigner.

Devoir accompli pour rire (et rêver).

Bonjour les amis, me revoilà.

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit. Je m’assois tous les jours à mon bureau pour travailler à un projet d’écriture. Mais dans une phase de relecture / correction, je n’écris pas vraiment. Pour vous ici, souvent j’hésite. Ai-je quelque chose de neuf à partager ?

Râler encore contre les covid-contraintes ? Bof. Contre la voisine qui nous a engueulés pendant une bonne minute parce que notre chienne Gaïa, tenue en laisse, avait osé s’approcher d’elle (sans la toucher, sans aboyer, sans la surprendre) ? Elle nous a demandé si on emmenait notre chien à la Hundeschule (à l’école des chiens)… Mon mari lui a souhaité bonne année. Et moi j’ai eu l’envie furieuse de lui conseiller d’aller à l’école des humains. Pour apprendre l’humanité.

Non. Sans intérêt.

Au fond, Mainz

Mes actualités brûlent trop pour être partagées à grande échelle. Secrets. Suspense. Comme tout le monde j’ai des soucis, et j’essaie qu’ils ne me bouffent pas. Puis j’ai mal au dos. J’ai appelé le kiné ce matin. Elle m’a demandé mon numéro de téléphone.

-C’est un numéro de portable français…

-Nein. On ne peut pas appeler la France.

-Sur whatsapp ça marche très bien. Mais tenez le numéro allemand de mon mari.

Elle note. Puis me propose :

-Vous êtes disponible aujourd’hui ?

-Oui

-Ça m’avait agacée le coup de la France.

Ah bon. D’une part je ne m’en étais pas rendu compte. Les échanges cash sont normaux ici. Et d’autre part, je n’avais imaginé, depuis le temps que je le donne ce numéro étranger, que ça pouvait énerver. (Oui la flemme de tout mettre à jour, et la volonté symbolique de me rattacher à mon pays).

Vous l’aurez remarqué, l’objet de mes articles ici est d’essayer sous prétexte d’anecdotes quotidiennes de m’approcher au plus près de mes émotions, en espérant toucher les vôtres. Alors c’est frustrant cette auto-censure. Mais pour les sujets qui irradient autour de moi, pas le choix.

Alors parlons échanges.

Austausch (échanges scolaires) et non Umtausch comme j’ai dit une fois par erreur à des amis (échange définitif comme quand on rapporte un objet cassé au magasin). Et non ce n’était pas un lapsus ;o)

Oma Else Café

Ma grande fille est en troisième, année charnière. En seconde les élèves peuvent partir six mois ou un an suivre une scolarité à l’étranger. Aller simple dans une famille qui fait profession d’accueillir des jeunes du monde entier. Aucun étudiant à recevoir en retour. Plusieurs organismes le proposent, le lycée l’encourage. Les filles d’une amie sont ainsi parties au Canada et aux USA. Alors je demande à la mienne :

-Ça te dirait pas ?

-Si je pars je vais oublier tout mon allemand.

Ah oui c’est vrai. Pour nous ‘’l’échange’’ c’est tous les jours. Dommage dans un sens. Car en plus de la langue, l’apprentissage de l’autonomie, d’une autre façon de vivre, sans ses parents sur le dos serait chouette.

Un peu d’air dans nos voiles assouplirait les échanges.

Ado 10-Maman 0. A tous les coups on perd !

Si je suis occupée quand elle arrive, je me fais engueuler :

-Tu ne t’intéresses pas à moi !

Si je cherche à l’aider aussi…

-Tu as envoyé tes candidatures ?

-C’est MON stage, MON problème.

OK. OK.

Equilibre délicat.

Am Ballplatz

Une connaissance de Mainz m’a demandé de l’aider à trouver une famille française pour un échange (un vrai) de deux semaines. Les amis parisiens contactés, tout de suite séduits ont contacté leur collège. Non. Impossible. Le Covid et tutti quanti vous n’y pensez pas !

Quel dommage… Entre rigidité de l’Education Nationale et films doublés, comment les petits Français pourraient-ils briller en langues étrangères ?

Autre actualité scolaire : la préparation de la seconde. Les classes, identiques depuis cinq ans, éclatent en fin de collège. L’emploi du temps du lycée est très personnalisé. Presque du sur-mesure. Chaque collégien choisit parmi une trentaine de combinaisons : 3 cours principaux, Leistungskurse, 9 cours fondamentaux Grundkurse, une éventuelle option (philo ou italien). Les profs leur donnent des recommandations pour leur matière (vert, jaune ou rouge). Parmi les choix réputés les plus durs… sport et arts (théâtre, arts plastiques ou musique). Le nombre d’heures hebdomadaires est le plus élevé… en sport. Eh oui.

La semaine dernière, j’ai assisté avec ma fille à une soirée d’information en ligne sur l’environnement numérique du collège. Différentes présentations étaient données en parallèle. Spontanément, je me serais inscrite à une seule (par devoir… les maths) et j’y serais restée, regrettant de ne pas voir le reste.

J’ai laissé mon ado piloter.

J’ai découvert comment elle faisait en classe.

Elle a ouvert toutes les sessions qui l’intéressaient : théâtre, français Abibac (double bac français/allemand), italien, histoire en anglais… puis elle a zappé de l’une à l’autre. Fais voir qui c’est qu’est connecté là ? Ah bon ?

Surprise totale pour moi : presque personne dans la présentation maths où nous n’avons fait que passer par curiosité. Pourtant ils sont un certains nombre à choisir la matière, ma fille entre autres. Mais ils n’avaient rien à apprendre sur le sujet.

Un problème se pose pour ma miss : si elle fait Abibac elle renonce à son anglais – car les forts en anglais le prendront en cours principal (ce qu’elle ne peut pas faire puisqu’elle a français), reste le cours fondamental où elle va s’ennuyer. Ni une ni deux, elle a envoyé la question à la prof qui organise les emplois du temps (un joyeux casse-tête) : pourrais-je avoir un quatrième cours principal ? Réponse : si ça colle niveau horaires pourquoi pas…

Comme j’aurais aimé dérailler du ‘’maths à tous prix’’… Choisir le sport ou l’art comme matières principales avant le bac, sans avoir l’impression de commettre une erreur ni de me fermer des portes. Ma plus jeune révise pour les interros de sport comme pour les autres matières. Cet aprem piscine :  elle veut améliorer sa rapidité à la brasse. La pédagogie allemande fait envie.

Malgré tous ces choix, notre famille manque de projets. Nous trépignons. On s’était dit qu’on resterait deux-trois ans en Allemagne. Notre quatrième année n’ouvre aucune perspective de changement. Quel départ serait compatible avec la scolarité des enfants ? Avant le lycée ? Pendant ? Rester cet été est-ce s’engager pour trois ans d’un bloc ? En ai-je envie ?

J’ai vraiment besoin de poser mes valises. Pourtant hier je proposais à mon mari de partir en famille un trimestre à l’étranger quelque part… Pour échanger notre quotidien pour un ailleurs. Aventurière casanière. La routine pour se rassurer et s’apaiser, l’évasion pour échapper à l’ennui…. Une ligne de vie que je suis les bras écartés en balancier. Là encore.

Acheter une maison à Mainz ? Oserais-je ? Pas sûre du tout…. Ça aurait quelque chose de définitif (même si c’est faux). Mais j’en ai ras-le bol de ne pas pouvoir effectuer les travaux pour mettre mon chez moi à mon gout. De râler contre notre frigo minuscule.

L’Allemagne est le pays de l’Union Européenne qui compte le plus de locataires (53%). La part d’Allemands propriétaires de leur logement varie fortement entre Berlin (17,4%) et la Saare (64.7%). La Rhénanie avec 58% se situe dans la fourchette haute, mais le marché reste peu mobile et l’immobilier cher : implantation à Mainz de sièges d’entreprises (ZDF, Schott, … et maintenant Biontech qui grossit), proximité de Francfort (ce que le Brexit ne va pas améliorer sans doute, en entrainant le rapatriement en Hessen d’activités londoniennes).

Le Brexit parlons-en… Payer un bras pour envoyer des cadeaux de noël en Angleterre et un autre pour aller chercher les nôtres à la poste, parce que bon, les frais de douane ma brave dame… Ça tourne en rond cette histoire. Régler des taxes pour financer les agents qui lisent les étiquettes (et doivent bien se marrer. On a reçu dans un carton ’’céramique et papier’’ : comprendre tasses et livres).

Janvier s’étire. Les photos d’hiver regardées en été m’interrogent… Comment survivre au ciel blanc, à l’air glacial, aux arbres nus ? Plongée dedans, je guette les chatons sur les branches (noisetiers déjà équipés), la violette égarée, le perce neige hâtif (dans ma jardinière) … Même aux jours les plus froids, la nature s’épanouit. Les jasmins d’hiver, toutes étoiles jaunes dehors éclairent les rues. Le printemps se prépare en hiver. Rien ne s’arrête. Alors je m’en sors.

(Note à moi-même : tout de même, commander du mimosa au fleuriste du marché.)

Pour les longues soirées, les guirlandes au jardin (fairy lights en anglais, les lumières de fée, c’est pas charmant ?) font des semaines sup, et nous regardons des films. Décider en famille d’un programme relève de l’impossible. J’ai renoncé aux discussions interminables pour lire dans mon lit. Avec la sortie de Spiderman, les filles ont eu un coup de cœur. Commun. Tom Holland passe ses samedis soirs en notre compagnie.

Histoire de dédramatiser la question ado, vendredi j’ai glissé la Boum. Au siècle dernier, les deux films avaient eu un franc succès en Allemagne. Toutes mes copines de Cologne connaissaient Sophie Marceau. Ma benjamine a passé son tour (y’a de l’action ? des blagues ? Euh non). Mon ado a bien aimé, ‘’mais plus personne ne parle comme ça aujourd’hui…’’ A ce point ?

Mes filles adoptent, sans pourtant les fréquenter, le parler des jeunes français. Stylé revient dans leurs phrases aussi souvent que classe, puis canon à d’autres époques. Le super classe c’est quand c’est grave stylé.

Eh oui, moi aussi j’apprends.

Et j’imagine. Si je montais un système d’échanges pour les parents ? Une école de la parentalité avec stages dans une autre famille / culture, pour apprendre ailleurs comment me comporter chez moi ?

Vous en penseriez quoi les filles ?

(Pourvu qu’elles ne répondent pas qu’elles voudraient bien un Umtausch plutôt qu’un Austausch).

Sources statistiques : de.statista.com

A nous tous, 2022

Noël ardéchois, crèche provençale, actualité des lettres d’une Allemande expatriée en France il y a 300 ans. Guten Rutsch ! Bonne année !

Bonjour !

Hep !

Léger coup sur l’épaule.

(Etirement)

Tu peux ouvrir les yeux sur 2022.

J’ai laissé filer 2021 une heure plus tôt. Elle a glissé sous la porte de la maison. On n’allait pas la retenir la coquine. Tu les as entendus les explosions vers minuit ? Je croyais que c’était interdit pour la lutte anti-covid. Les pétards m’ont vaguement réveillée. J’ai senti la présence de mes filles entrées souhaiter bonne année à leur mère dans les limbes (et regarder les feux d’artifice par ma fenêtre).

2022 commence d’emblée mi-mai. A notre promenade ce matin avec Gaïa sur le Mainzer Sand (dunes), nous n’avions pas de manteau. La douceur du fond de l’air augure-t-elle de celle des jours ? . Le froid me manque.

T’as pas de résolutions ? Moi non plus. Je n’en ai jamais au 1er janvier.

Quand je veux introduire du changement dans ma vie, je m’y prends tout de suite (surtout quand il y a urgence, du genre : absolument éviter de me pencher en déséquilibre vers l’avant sinon couic, pincement dans le dos). Ou jamais (réduire le chocolat).

C’est la rentrée scolaire, avec son parfum de cahier neuf et de crayons bien taillés qui me pousse dans le dos pour découvrir et essayer. Les calendriers sont une affaire d’organisation collective, une convention pour arriver à l’heure à l’école. Rien d’absolu. Regarde, les Chinois, attendront un mois pour changer d’année. Sous nos latitudes les jours grandissent déjà depuis le solstice.

Tiens un café. Prends ton temps. Je te donne rendez-vous de l’autre côté.

Je sirote une tasse de tisane (appelée Calm and relax : un sachet emballé par mon ado pour sa mère à Noël, entre plusieurs cadeaux charmants fabriqués par elle. Je crois qu’elle essaie de me dire quelque chose). Des coups de marteau résonnent, elle bricole dans sa chambre. Je viens de croquer le premier marron glacé post-gastro (oui, c’est la saison). Mon fils au piano joue en alternance Amélie Poulain et I’m walking in the air (je vais lui piquer la partition) et d’autres morceaux dont j’ignore le titre. Quand il sera reparti en Angleterre (testé avant, après, pendant), la moindre mesure de ces mélodies me fera fondre le cœur.

De retour à Mainz après une échappée jolie en Ardèche d’à peine cinq jours sur place.

Premier trajet d’une traite. Google nous dit : 837 kilomètres en 8h37. Si seulement… En données corrigées des variations saisonnières et des pauses pipi : onze heures. La chienne ne sort que deux fois sur le trajet. Elle est bien sage dans le coffre à côté des grosses valises. Mais ces deux jours en voiture valaient le coup. Apercevoir de beaux paysages, on en a tant rêvé !

Lyon

Longueurs et langueurs d’autoroute. Les genoux dans les dents, à essayer de caser nos pieds entre/ sous/derrière des sacs qui dégueulent. Pourtant nous avons laissé des cadeaux sous le sapin pour le retour. Le coffre de toit est plein. Vous voyagez léger vous ? L’ambiance reste pacifique malgré la réduction de l’espace vital. Quand un estomac se réveille, repérer le sandwich en kit tient du jeu de piste. Trésor ultime dans les tréfonds : la banane écrabouillée. A chaque fois.

Nous avions pourtant réussi à obtenir nos passeports au consulat de Francfort dans les temps. Service adorable, hyper rapide. La dame qui a vérifié nos empreintes digitales me l’a confirmé : oui le Palmen Garten (jardin botanique) en face de son bureau vaut le coup. On reviendra au printemps.

Mais l’Angleterre s’est refusée à nous. Hop elle a relevé le pont-levis et prohibé les plongeons dans l’omicron. Ceux qui passent entre les barreaux de la herse gagnent quatorze jours aux oubliettes. Quatorze jours ? Pour dix jours de vacances ?

Mon fils, dont le semestre a fini début décembre, est déjà en France. Discussions par texto : On ne sait pas ce qu’on fait. Mainz ? Ardèche ? Tu crois qu’en passant par la Belgique ça le ferait ?

-Allo papa, on peut descendre en Ardèche ?

-Dites-moi que je chauffe la maison.

Discussions en famille, négociations.

-Allez venez asseyez-vous. De quoi avez-vous envie ?

-Non non on ne veut pas rester en Allemagne. On a besoin d’un changement. Tu te souviens aux vacances l’an dernier, nous ; on a été bien sages et on est restés. Avec les conséquences que tu sais.

(Vague menace de vague à l’âme prolongé ; prise au sérieux.)

-…

-Des amis ont pris le risque de partir et ça s’est bien passé.

C’est sûr. Un changement d’air s’impose. Les dernières semaines au collège ont été intenses. Les profs craignent-ils la fermeture des écoles et donc une interruption des notes ? Les filles ont besoin d’une coupure. Leurs parents aussi. Oui mais l’Ardèche c’est bien loin. En train ? Non, complet.

Ma plus jeune se braque. Elle veut un noël anglais. Elle ne connait que ça depuis qu’elle est née. Comment faire ? Non en Ardèche y’a pas de sapin de noël. Y’en a jamais eu. Ma mère ne voulait pas tuer d’arbre. Enfants, nous décorions une belle branche morte suspendue au-dessus de la cheminée. Les guirlandes frisaient à la chaleur. A la demande de mes frères et moi, une concession avait été faite avec une brassée de genêts verts. Non, pas de sapin donc. Le clou de la fête dans ma maison d’enfance, c’est la crèche. En terre cuite non peinte, une farandole de santons hauts d’une vingtaine de centimètres, achetés année après année chez un santonnier de Saint-Rémy de Provence. Vous savez, sur la route de Maillane.

Ma mère redoutait novembre. On triche un peu, elle disait, on va faire la crèche. Mon père dit encore qu’elle décorait la longue hotte de la cuisine de la Toussaint à Pâques. De quoi sauter l’hiver à pieds joints et mains occupées. On partait en balade dans la garrigue glaner les accessoires végétaux. Oliviers en touffe de thym, collines de mousses, pierres volcaniques ou fossiles. Mon père sortait l’escabeau pour attraper LE carton dans le placard du haut de l’entrée. Mes frères et moi plongions des mains impatientes dans les chips de polystyrène.  A tâtons nous essayons de reconnaitre notre prise avant de la voir. On fouillait longtemps pour trouver les derniers petits moutons.

Pour nous c’était la fête, et on connaissait la Pastorale des santons de Provence d’Yvan Audouard par coeur. mais aujourd’hui mon argument pour l’Ardèche brille moins qu’un sapin illuminé.

-Mais si tu verras, on fera la crèche.

Elle ne l’a jamais faite. Nous en possédons une faite maison par mon fils tout petit et moi (avec, s’il vous plait, modelé par lui, des accessoires trop souvent oubliés : un doudou et un ballon de foot pour le petit Jésus). Faute de place où l’installer, elle reste planquée dans la remise.

-Promis, au retour, nous concocterons un menu londonien de noël.

Nous nous partageons entre nos deux lieux de cœur. Décembre c’est pour la famille paternelle à Londres. Depuis qu’on vit en Allemagne, nous ne descendons dans le sud de la France qu’aux beaux jours. Ma benjamine se souvient à peine de l’hiver en Ardèche. Finalement, elle se laisse raisonner. Merci à elle.

On a fait la crèche. Mangé des escargots le 24 au soir, comme moi dans mon enfance. Je suis heureuse de leur faire découvrir tout un pan des fêtes. Dans un album pour enfant qui présente les différentes traditions de Noël ma grande s’écrira un index pointé vers les pages : Regarde on les fait toutes ! couronne de l’avent, lentilles, crèche…

Quand on vit à cheval sur trois pays, les traditions et rituels prennent de l’importance. Ce sont des repères. Plus encore pour notre famille sans grand-mère, où à la culture, s’ajoute la continuité de la filiation. Attraper un santon, c’est reproduire le geste de mamie Millou qu’elle ne connaissent pas. A Londres, accrocher les stockings, c’est retrouver un instant l’autre grand-mère. Et cuisiner le Christmas cake, selon sa particulière, communier avec une tante trop tôt disparue. Les absents ne sont-ils pas parfois les plus présents ?

L’âge et la pandémie offrent une conscience accrue de l’impermanence des choses et des êtres. On apprend à profiter de ceux qui ont tenu le coup jusqu’à aujourd’hui, à nos côtés. La covid murmure : souvenez-vous de rester spontané ! Vos plans initiaux sont tombés à la mer du Nord, tant pis. Attrapez toutes les occasions !

Dans ma maison d’enfance, chacun se précipite sur les étagères pour en tirer un Astérix ou un Tintin (en anglais s’il vous plaît, il fallait allier l’agréable à l’utile. A noter que les traductions des Astérix sont excellentes, à chaque lecture je découvre de nouveaux jeux de mots). La grande traversée (The great crossing) sous le bras, je farfouille. Je feuillette. Tiens un recueil sur Colette. Oh et les lettres de la Princesse Palatine ! moi qui l’avais cherché l’été dernier. Ma mère me l’avait mis dans les mains voilà trente ans, séduite par ce franc-parler intelligent et la dénonciation des hypocrisies.

Vous connaissez Liselotte ? Je vous l’avais présentée lors de mon article sur Heidelberg. Elle était la fille du Prince Electeur de la ville, envoyée en France à 19 ans pour servir de deuxième épouse à Monsieur, frère de Louis XIV (et permettre par contrat à la France de revendiquer une partie du Palatinat). Elle avait dû abjurer sa foi protestante. Elle a, écrit-elle, hurlé de Strasbourg à Chalons refusant de quitter son pays.

Installée à la cour avec son homosexuel de mari, elle a porté les enfants attendus. Passionnée de chasse à courre, elle y accompagnait le roi qu’elle faisait rire. Sa liberté de langage, sa bonhommie, peut-être son origine étrangère la préservait des intrigues mais l’isolait. Son regard lucide découd les manœuvres politiques et luttes d’influences, les séductions ambitieuses. Elle les décrit (en allemand) dans ses nombreuses lettres quotidiennes à ses relations outre-Rhin. Un régal à savourer.

Je picore. Tiens, elle est morte en 1722 cette princesse. Un anniversaire donc.

Ecoutez.

(Saint-Cloud le 1er octobre 1687)

… La cour devient si ennuyeuse qu’on n’y tient plus car le roi s’imagine qu’il est pieux s’il fait en sorte qu’on s’ennuie bien… C’est une misère quand on ne veut plus suivre sa propre raison et qu’on ne se guide que d’après des prêtres intéressés et de vieilles courtisanes ; cela rend la vie bien pénible aux gens honnêtes et sincères… SI vous voyiez comment les choses vont présentement, vous ririez bien, mais aux gens plongés dans cette tyrannie, à la pauvre dauphine, par exemple et à moi, la chose il est vrai, paraît ridicule, mais nullement risible.

Ou bien

(Saint-Cloud le 16 aout 1721)

Il n’est pas de mode du tout d’aimer sa femme en ce pays-ci. Mais (..) les femmes en punissent bien les hommes. La vie que tout le monde mène ici est vraiment étonnante.

Les lettres de la Princesse Palatine, jeunes de trois cents ans, le premier blog de femme expatriée ?

Dans une pérennité garante de qualité.

Avant notre temps pressé, seules les créations de valeur traversaient les siècles. Que restera-t-il en 2100 à classer par les Monuments nationaux ? Un opéra Bastille qui dégringole à peine fini ? Et chez les antiquaires, la collection 2014 d’Ikea ?

Que conservera l’an prochain de nos mots trop nombreux jetés dans le vide ?

Tout.

Trop.

Rien.

Les années passent, les préoccupations des femmes et des hommes se ressemblent.

Je ne résiste pas au clin d’œil :

(Saint-Cloud, le 6 juin 1721, 6h du matin.)

… j’avoue que de ma vie je n’aurais pu me décider à faire inoculer mes enfants du moment qu’ils étaient en bonne santé, mais la Princesse de Galles est plus intelligente que je ne l’ai été, tout a bien réussi Dieu merci ! On prétend qu’on n’a pas la petite vérole une fois qu’on est vacciné….

Ici côté vaccin, j’ai réussi à prendre rendez-vous pour ma moins de 12 ans et pour mon booster. J’ai hésité à prendre d’emblée celui pour le 4ème. J’appréhende un peu, le numéro deux m’avait flanquée à terre. Littéralement.

Mais cela me simplifiera la vie. La dernière semaine nous sommes allés deux fois au cinéma (DEUX fois en une semaine !!!!) : en France (Sing 2) et en Allemagne (Spiderman, en anglais). Pour le premier on a contrôlé notre vaccin. (2/2 ? OK.) Pour le deuxième à Mainz, nous avons dû montrer le vaccin, un test tout frais du jour, notre carte d’identité (avec le petit jeu : mais si regardez c’est le même nom – et là j’ai pu frimer avec ma nouvelle au format carte de crédit. Top je ne peux pas la lire sans lunettes.) Et scanner sous le regard sérieux de l’employé l’application Luca de déclaration de présence. Ah oui, on a aussi montré notre ticket de cinoche.

C’est la joie du 2G (vaccinés ou guéris) et 2G+ (idem + test négatif) depuis début décembre (ce qui revient au confinement des non-vaccinés). Dans les débats sur le pass vaccinal français je n’ai pas entendu de comparaisons internationales. Pourquoi les exemples des pays voisins sont-ils si peu utilisés dans les arguments politiques ? Il y a tant à apprendre d’une autre vision des choses.

Plaque d’égout aux armes de Mainz (sans lien avec le paragraphe précédent ;o))

Un autre café ?

Vous pouvez refermer les yeux. Dans les demi-rêves tout semble possible. Alors moi aussi je les referme pour y croire.

Je vous adresse mes meilleurs vœux pour des lendemains qui fredonnent.

Et surtout,

Pour une ronde d’aujourd’hui qui sourient,

Une guirlande de maintenant chantants

Une dentelle de rires fous, parce qu’il y a-t-il rien de meilleur que de rire ?

A nous deux, 2022.

A nous tous, 2022.

Et des fleurs, des brassées de fleurs.

Citations extraites de Lettres de la Princesse Palatine aux Editions du Mercure de France.

PS : Question fondamentale. Dans le dessin animé Sing (Tous en scène), le cochon a un accent allemand. Quelle est son origine dans la version germanique ?

Comme un mois de décembre

Marché de Noël de Mainz, souffrance des ados et anniversaires mi-décembre.

Prenez un manteau chaud, des chaussures confortables, un bonnet, votre téléphone avec votre pass sanitaire et votre carte d’identité. Je vous emmène au marché de Noël de Mainz.

Ça vous va si on se gare derrière le théâtre ?

Tous les pas se dirigent vers le grand sapin de Noël. A ses côtés, sous des spots qui passent du rouge au violet, le Staatstheater entre en scène spectral et vaguement menaçant. Des lumières projettent sur le sol le portrait de Gutenberg, un message de bon noël, et les Rois mages avec la distanciation sociale de rigueur.

Dans le sud de l’Allemagne, plusieurs marchés ont été fermés pour raison sanitaires. A Mainz, pour l’instant il est ouvert. Un système malin a été mis en place : attribution après contrôle individuel d’un bracelet de couleur. Il s’obtient soit à l’entrée principale, au pied de la cathédrale, soit dans de petites cabanes des rues commerçantes. Un vigile l’autre jour m’a dit : Ah Französin ? Willkommen in Mainz !

Depuis la mise en vigueur du dispositif 2G, les bracelets sont le sésame coupe-queue pour entrer dans un magasin. Le fast pass comme m’a dit une amie. Il ne sert à rien de tenter de gruger. Chaque stand contrôle les poignets avant la transaction. Si besoin, il peut aussi en distribuer, moyennant le même contrôle.

A l’entrée du marché de Noël, la pyramide géante de bois est décorée de personnages de Mainz : un joueur de foot du Mainz 05, un petit bonhomme de la chaine de télé ZDF.

Les jours d’ouverture sont-ils comptés ? La joie d’être venue en est grandie.

Au premier regard, le marché semble identique à celui d’il y a deux ans, principalement des cabanes pour manger et boire (Glühwein – vin chaud – pour les adultes et Fruitpunch pour les enfants – jus de fruit chaud et épicé) et de de l’artisanat régional de qualité.

Peut-être un peu moins de stands. Tiens là avant se trouvait le vendeur de Kaiserschmarn (spécialité autrichienne : lanières de crêpes aux raisins secs couvertes de sucre glace, mangé avec de l’Apfelmus – compote de pommes. Délicieux. Tient parfois lieu de plat principal à la cantine de mes filles.).

De la colonne de pierre antique au centre de la Liebfrauenplatz partent des guirlandes de lumière, en un chapiteau brillant. D’autres s’accrochent aux branches des platanes. Le manège illumine le vieux puits Renaissance. A dix-huit heures les cloches de la cathédrale saint-Martin carillonnent de longues minutes. Je lève la tête mais bien sûr ne les vois pas. Oh tiens la lune là entre les nuages.

Les Mainzer se retrouvent en petits groupes, avec à la main la tasse bleu nuit étoilée du Glühwein. On n’entend que de l’allemand. Il ne semble pas y avoir de touristes.

Ciel noir, lumières. On avance en se cognant un peu à des silhouettes masquées. Au fil des pas les odeurs changent. Là, la piquante fumée de barbecue, plus loin vin chaud, crêpes ou friture. L’air pince les doigts.

Contre le flanc de la cathédrale, la crèche se contemple derrière une vitrine, à partir d’une estrade. Tiens le petit Jésus est déjà arrivé.

Du côté qui descend vers le Rhin, un village de grands tonneaux-cabanes permet de boire et manger assis. Les créneaux se réservent longtemps en avance. Ma fille y a été invitée pour l’anniversaire d’une amie. Alors que je les prenais en photo, un type dedans a dû se sentir visé, il a tiré sur le rideau à carreaux du fenestron.  

Notre première venue nous a laissé une impression douce-amère de communion autour du Glühwein et des Bratwurst. Une célébration à ciel ouvert juste pour le plaisir d’être ensemble.

Après une matinée de shopping, j’y retourne avec une amie pour un déjeuner sur fond de ciel bleu dans l’ombre de la cathédrale. Calme. Pas de lumières. Elle me signale le magasin de décorations de noël en bois Käthe Wolfahrt qui propose des classiques de grande qualité. Oui il me semblait. La petite crèche en bois en demi-cercle en 2D était à 60 euros. Plusieurs clients attendent pour entrer. Ils sont implantés dans le gros village de Rothenburg ob der Tauber qui mérite le déplacement paraît-il.

Envie d’y revenir en famille pour manger sur place.

Le samedi suivant à la tombée de la nuit, ça grouille. L’ambiance est beaucoup moins agréable. Plus ‘’groupes en beuverie’’ malgré les poussettes et les enfants. La queue pour les stands de viandes grillées s’étire dans la foule. J’opte pour un wrap de saumon grillé au feu de bois sur place. Nous nous faufilons derrière les cabanes. Dans une clairière de stands il est possible de s’arrêter de marcher pour manger.

Ma benjamine pose son assiette de Currywurst Pommes sur le bord de la maquette métallique de la cathédrale avec légendes en Braille. Je finis mon sandwich parfumé au raifort et à la moutarde au miel et à l’aneth. Pas mauvais. A proximité de nous deux jeunes femmes boivent du vin chaud dans des gobelets de terre cuite. Le thermos jaune prêté par le bar des tonneaux est à leurs pieds. Le froid mord moins que la semaine dernière.

Une famille de trois finit une Bratwurst dans un Brötchen, le hot-dog allemand (probablement l’ancêtre de l’américain). Je n’entends pas ce qui se dit. Mais aux gesticulations du père, à son doigt pointé avec insistance vers la tête de son grand fils je comprends qu’il lui demande s’il y en a là-dedans. Son visage et sa mâchoire sont crispés. Il semble lutter pour retenir ses éclats de voix. Entre les deux, la mère ne dit rien. Le jeune homme non plus.

Je ne peux pas m’empêcher de regarder. C’est insolite cette tension sous les lumières de Noël.

-Ça a l’air de barder, je dis à ma grande.

Elle me répond :

-T’a vu, le jeune il a des écouteurs.

Ah oui, donc il n’écoute pas son père qui s’escrime à essayer de lui faire passer un message. En public, il a choisi la fuite passive. Provocation et lâcheté. Ah, l’adolescence ! Grr l’adolescence !

Ça me rassure un peu.

L’après-midi même j’avais pété un plomb avec la mienne d’ado. Elle aussi sait très bien me montrer sans ouvrir la bouche que ce que je lui dis ne l’intéresse pas. (Je me souviens de moi au même âge et je suis assez reconnaissante qu’elle ne suive pas les traces de sa mère). Quand on passe du côté parental, on se rend compte de la réalité des choses. Il n’y a pas de mode d’emploi universel genre video Youtube Eduquez votre ado en moins de dix minutes. On ne fait jamais que le mieux possible. L’apprentissage s’acquiert un jour après l’autre. Chaque enfant est différent. Nous sommes pour chacun une maman ou un papa différent.

Je m’en veux de ne pas être plus patiente. En même temps – c’est pas pour m’absoudre ni me justifier – dans son bouquin sur les parents hypersensibles, Elaine Aron explique bien que si les limites sont dépassées le monstre rugit. Et les limites sont si vite dépassées… (Elle a aussi écrit un livre sur l’éducation des enfants hypersensibles. Chez nous ces deux sujets se heurtent et s’amplifient mutuellement).

Foule, bruit, agitation, cacophonie lumineuse.

D’un coup j’en ai ras le bol.

Bon on a fini on s’en va ?

Quand je dis cela, les miens savent qu’il faut se dépêcher.

Après deux ans d’incertitudes menaçantes, la santé psychologique des ados est catastrophique. Celle de tous sans doute mais les jeunes accusent encore plus le coup. Cet été j’ai lu que la sécu française avait mis en place un soutien spécifique pour eux. Une dizaine de séances de psy sont prises en charge. S’il est possible de trouver des rendez-vous.

Abstand bitte !

Ici le désastre est amplifié par six mois d’école à la maison en 2021, en plus de la dose de 2020 quasi universelle. SWR annonçait la semaine dernière que les services psy pédiatriques de Rheinland-Pfalz étaient débordés. Les mamans avec qui j’en parle me confient les difficultés de leurs enfants. A demi-mot, différents maux psychosomatiques. L’aide sera disponible, oui peut-être, dans six mois. Les listes d’attente s’allongent. Comment ne pas se sentir seul et dépassé ?

Dans notre échantillon familial, nous le constatons. C’est vraiment dur.

Deux ans de covid, à 14 ans c’est 1/7ème de la vie. A 11 ans, 18%. Presque 1/5ème de la vie. (Oui je révise les fractions avec ma benjamine ces jours-ci pour une interro. Bien sûr, comme les autres sujets de maths, elles s’enseignent différemment en allemand. J’essaie en vain de placer le PPCM et le PGCD*).

Notre mois de décembre familial est excitant et épuisant. Les filles sont nées à une semaine d’écart sur la deuxième quinzaine. Entre les Plätzchen (sablés de l’Avent) et les supports de bougies, je fais des gâteaux tous les jours. Pour éviter l’implosion de leur mère, depuis quelques années je leur avais demandé de séparer leurs fêtes avec les copains. Une fin novembre / début décembre, l’autre en janvier.  L’étalement des réjouissances égayait la grisaille du début d’année.

En 2019 ma benjamine a pu accueillir ses copines dans une salle d’escalade indoor. Ma grande a choisi une séance d’accrobranche sur les hauteurs de Wiesbaden à Neroberg. Les invitations ont été dessinées avec soin. Rendez-vous était pris pour mars 2020 à la réouverture printanière.

Vous l’avez deviné : voilà trois ans que ma fille n’a pas pu fêter son anniversaire.

Trois ans à 14 ans c’est beaucoup trop. (Je vous épargne les fractions.)

Cette année ça a l’air de pouvoir se faire (moyennant tests et tutti quanti du 2G+). Et même avec des invités garçons. Leurs fêtes se suivent, heureusement hors nos murs (laser game, escape game). Croisons les doigts encore disponibles, serrons le deuxième pouce.

En fond de tout cela, les préparatifs de Noël s’accélèrent. Envoyer des colis, commander des cadeaux, non pas sur le grand méchant A si possible maman. T’es sûr ? Ce serait plus simple. Trouver des idées qui plaisent, n’encombrent pas et ne pèsent pas lourd.

Cette année, mon plus grand souhait serait de recevoir en cadeau du vide.

Objets triés. Tâches envolées. Contraintes effacées.

Tout ce rien bien emballé avec des rubans.

J’ai sorti mon stylo Bic qui marche et mon plus joli bout de papier qui traine et je commence :

Cher Père Noël, cette année je voudrais une gomme magique.

Une qui efface les erreurs, les engueulades avec ma fille et les grosses fôtes.

PS : Combien de gâteaux avons-nous fait pour ce humming bird cake ? Deux ? Non, trois. Notre chienne Gaïa ne vous en dira pas plus.

*Pour nos amis allemands et les francophones qui comme moi ont un souvenir vague : PGCD = Plus Grand Commun Diviseur. PPCM = Plus Petit Commun Multiple.

Doutes et incertitudes

Aller-retour au consulat de Francfort, corona-contraintes en hausse… La Bratwurst reste une valeur sûre.

Notre couronne de l’Avent

Alors nous y revoilà. Je ne vous fais pas un dessin.

A la période de l’Avent, l’Allemagne déploie son charme. C’est elle qui a inventé le sapin illuminé. Couronnes de branchages avec quatre bougies, décoration des maisons, lumières dans les jardins. Avec la fermeture programmée de certains marchés de Noël, l’avent 2021 a commencé dans une ambiance douce-amère. Si on veut revoir celui de Mainz on a intérêt à se bouger.

L’épidémie repart de plus belle. Le taux de personnes vaccinées plafonne en Allemagne fin novembre à 68%. La perplexité concernant le vaccin me surprend. Douter ? Un Allemand ? D’habitude ici c’est oui ou c’est non. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas une règle ? Ça va le devenir. Le nouveau chancelier étudie la possibilité de rendre le vaccin obligatoire à compter de février.

Rheinland-Pfalz passe samedi 4 décembre en 2G+ : vaccin ET test pour toute activité en intérieur (restau, ciné, musée etc…). Comme avant le vaccin en fait. Dimanche pour le concours de gym de ma plus jeune j’ai joué le jeu (le club avait de l’avance sur le dispositif). A l’entrée du gymnase un p’tit jeune assis derrière une table a exigé de moi : mon certificat de vaccination, ma carte d’identité, mon résultat de test et ma connexion à LUCA (l’application où on déclare sa présence à un endroit) … Franchement, ça m’a un peu saoulée.

Les annulations tombent. Ce matin mail du collège : le Jugendmaskenzug de Fastnacht (défilé des jeunes pour carnaval) n’aura pas lieu. La journée de fabrication des masques calée pour les élèves en janvier non plus. Les feux d’artifice de la Saint-Sylvestre sont interdits (comme l’an dernier, mais à minuit des pétards avaient quand même éclaté).

Air de déjà vu, de déjà pas aimé.

Pourvu, pourvu qu’ils ne nous ferment pas les écoles.

Merci de croiser les doigts / serrer les pouces.

La France exige le troisième rappel dans un délai serré sans proposer l’infrastructure nécessaire pour tenir l’échéance. Un peu fort non ? J’ai trouvé sur Doctolib un créneau à Metz. Prévoir de passer la frontière est aléatoire.

L’Allemagne encourage ce nouveau vaccin mais le dispositif reste aussi rétro et lourdingue qu’au printemps. Soit faire la queue à un bus pendant des heures, soit s’inscrire en ligne en remplissant un formulaire de douze pages et espérer que le rendez-vous attribué d’office dans deux mois conviendra. Doctolib est un logiciel franco-allemand, mais je ne l’ai jamais vu utilisé ici. J’ai découvert sa double nationalité par hasard, lors d’une crise personnelle de râlerie sur la lourdeur administrative germaine (oui c’est pire qu’en France, c’est dire).

La France où nous avons posé un pied hier. Et où l’administration, merci à elle, a été très sympathique. Comme quoi à l’exportation elle se bonifie. Nous avons fait un aller-retour express au consulat français de Francfort pour faire renouveler des passeports. Sortie à l’aube dans la nuit froide, achat des tickets de tram et de train à la dernière minute (pourquoi ces fichues applications ne permettent-elles pas l’anticipation d’achat ?) Heureusement nous avions un guide personnel. Une amie travaille dans la rue du consulat et nous avons fait le trajet ensemble. Le train est presque vide. Le métro de Francfort aussi. Epoque bizarre.

En deux stations nous y sommes. L’adresse est charmante : Zeppelinallee, en face du Palmengarten (‘’jardin des palmiers’’, le jardin botanique). On reviendra le visiter et jeter un œil au Senckenberg Museum, le musée d’histoire naturelle, tout près. L’avenue plantée d’arbres, aux grandes maisons bourgeoises face au parc me rappelle le boulevard des Belges à Lyon, où les consulats donnent directement sur le Parc de la Tête d’Or. Souvent Francfort évoque Lyon. Leur jumelage leur va bien.

Après le consulat d’Indonésie aux photos aguichantes voici le nôtre. Les drapeaux français et européen attachés à l’étage ne flottent pas. J’essaie de prendre une photo mais ça ne rend pas. Avec toutes les caméras, je m’attends à me faire interpeler. Le vigile est une dame allemande qui ne parle pas français. Elle coche nos noms sur la liste. Puis nous fait passer la grille. Porte noire, ifs, ambiance verte et humide, bow windows… ça me rappelle Londres pas toi ?

9 heures. On est un peu en avance. On attend dehors.

Un homme encore jeune vient nous chercher. Efficace, sympathique. Il enregistre nos demandes et nos empreintes digitales.

-On les aura quand monsieur les passeports ?

-Entre deux et quatre semaines. Nous n’avons aucun poids sur les délais.

-Ah. Ils sont faits où ?

-A Douai.

L’envoi par la poste nous a été déconseillé car plus long. C’est dommage. Je me suis cassé la tête pour acheter le format d’enveloppes recommandé avant que mon mari corrige mon interprétation de son écriture : pas 29 cm, 20 ! Pour le retrait, le rendez-vous en fin de matinée sera rapide. Il faut venir avec l’enfant de plus de douze ans pour le contrôle des empreintes.

-Ah bon, donc je n’ai pas besoin de lui couper la main ?

-Non non la main doit être attachée au corps.

Ah, ah. Ben quoi j’essaie de créer un peu de lien. Mes filles me reprocheront le soir cette plaisanterie médiocre.

-T’imagine s’il n’avait pas compris que tu blaguais ? Tu te faisais arrêter !

-Oui c’est ce que je me suis dit un peu tard.

Il est des lieux où il vaut mieux se retenir. Avec un interlocuteur allemand je n’aurais pas osé. Le degré de compréhension local par défaut est le premier. C’est culturel. Un réflexe à prendre pour les étrangers. Hard pour le sens de l’humour anglais.

Le monsieur vérifie notre inscription sur les listes électorales. Pour les présidentielles nous pourrons voter à Mainz, à l’Institut Français. Ou en ligne peut-être. Le consulat testera le dispositif en janvier avec un scrutin factice. Je me suis portée volontaire. Ils ont besoin d’un échantillon le plus gros possible. Si vous êtes Français en Allemagne, et que ça vous dit…

C’est tout bon. On peut y aller. M. Macron sourit sur la cheminée. Les affiches du couloir sont en français. En un pas on quitte l’hôtel particulier et la France pour l’Allemagne. Sensation curieuse.

Les prochaines semaines nous allons guetter les mails du consulat. Pour savoir quand on y retournera. Et découvrir la tonalité de nos vacances de Noël. (Pourquoi dit-on vacances pour cette période hyper chargée ?)

Activons tous nos gris-gris.

ZAZ et Carla Bruni à l’affiche.

On savait qu’on devait y passer à cette expédition. On avait retardé parce qu’on avait mieux à faire et surtout parce que cela obligeait à faire sauter l’école aux enfants. Elles s’en sont plaint : en raison de profs absents, elles auraient pu commencer plus tard.

Sur le trajet vers le métro, on se plante un instant devant une colonne d’affiches de spectacle. Ceux à l’Alte Oper de Francfort font envie. Si on est coincés en Allemagne à Noël, restera-t-il des places ? J’en doute. Ma fille photographie le concert de Justin Bieber annoncé pour 2023. Moi ceux de chanteuses françaises. Madame la présidente Carla Bruni passe à Francfort. Enfin… doit passer. ZAZ à Mannheim. L’autre jour au rayon musique d’un grand magasin son CD était diffusé. Elle est très populaire ici. C’est d’ailleurs mon amie de Cologne qui me l’avait fait connaitre lors d’une visite à Lyon. J’avais bien accroché et elle m’avait laissé le CD. Moi aussi je serai toujours la môme des chemins, la petite fille des herbes folles qui se casse la gueule et qui rigole.

Francfort depuis le train. Si, si au loin.

Retour à Mainz. L’horloge de la gare affiche midi.

Ma grande fille saute dans le tram pour rejoindre ses cours. Elle ira à la cantine à 14h (14 heures !). Sur le parvis, des petites cabanes de bois échappées du marché de Noël de la vieille ville proposent des snacks. Une Bratwurst Pommes ? Yes. Currywurst pour ma plus jeune. Elle déjeune avec nous avant de rejoindre le collège. Son créneau de déjeuner est plus tôt.

Pas encore trop de queue à la cabane. Une grille ronde suspendue au-dessus d’un barbecue accueille des saucisses de toutes les tailles. Même d’un demi-mètre. On essaie d’éviter la fumée que le vent rabat sur nous. En voyant les jeunes devant nous sortir leur portable et leur pièce d’identité, mon mari fait mine de partir. C’est un peu trop non ? on mange dehors après tout ! Je suis mieux disposée. Je sors ce qu’il faut. En France, c’est contrôlé avec une application sans pièce d’identité. Ici c’est à l’ancienne et exhaustif. La dame lit mes documents attentivement. Ça a l’air de lui convenir. Elle ne tique pas sur le texte en français (ce qui arrive souvent). Elle me remet un pass, un bracelet jaune fluo. Si je veux passer ma journée au marché de Noël je n’aurai pas d’autre contrôle.

La Bratwurst brûlante couverte de moutarde un peu sucrée, dans un Brötchen (petit pain) est délicieuse. Les frites croquantes très salées et épicées. La Currywurst de ma fille (la même saucisse découpée en tranches avec un appareil exprès s’il vous plait) est servie sur une assiette en carton. Elle baigne dans une sauce tomate au curry. Je ne résiste pas j’y trempe une de mes frites. (Si vous voulez essayer : ketchup + curry + un peu de cumin. Très bon avec les côtes de porc).

Mon mari remarque : en France ou en Angleterre, on n’achèterait jamais des saucisses grillées sur un bord de route. Non. Mais en Allemagne, c’est un must. Et c’est très bon.

Le type dans la cabane d’à côté s’ennuie. A cette heure-là le Glühwein (vin chaud servi dans des tasses en verre consignées) n’attire pas le chaland. Sous son bonnet rouge à pompon blanc il fait la gueule. Son stand diffuse des chants de noël en allemand.

Enseigne : crêpes françaises

Mes pieds commencent à geler. On rentre ?

Nous avons pris la décision difficile de renoncer à un week-end à Sarrebrücken où nous devions retrouver des amis français. Corona cata, stress scolaire (et ambiant) des enfants (et des parents). Je ne sais pas vous, mais décembre sur mon échelle de stress est un mois qui crève le plafond. Malgré le bonheur à revoir les copains, il est important de freiner un peu. Voilà un bon côté de l’incertitude, obliger à renoncer.

Demain le 4, on plantera les lentilles de la Sainte-Barbe, tradition provençale. On décorera la maison. On est un peu à la bourre : ici c’est fait pour le premier dimanche de l’Avent, avec la couronne (pas le sapin qui attend la dernière minute). On a de quoi bricoler des décorations en papier, macramé, branches et pâte autodurcissante. On passera du temps dans la cuisine à patisser des Plätzchen, petits sablés de Noël.

Ma fille a déjà fait des Zimtsterne (étoiles à la cannelle). Pour les amandes et noisettes en poudre, c’était pas gagné. Quand on a besoin d’un ingrédient saisonnier, tout le monde est déjà passé avant. Les magasins entretiennent cette course : aucun réassort. Pourquoi renoncent-ils ainsi à du chiffre d’affaires ?

Mais qui est ce on si occupé ? (Ma tante institutrice disait : on pronom imbécile mis pour celui qui l’emploie). Et nous qui pensions retrouver du temps libre avec une annulation de dernière minute…

Le Christmas Cake fait par mon mari est bien emballé sur le micro-ondes. Ça sentait trop bon les épices chaudes et le gâteau dans la maison. Chacun a donné un tour de cuillère à la pâte lourde de fruits secs. Les filles ont glissé deux pièces de 1 livre. Porte-bonheurs minuscules. Nos calendriers de l’Avent ont été remplis avec des munitions anticipées : chocolats anglais et papillotes rapportés de France (pourquoi ne mettent-ils plus les pétards dans les papiers ?). Ici les mamans cachent de petits cadeaux. Pour nous les bricoles seront dans les stockings le 25 au matin.

A Mainz ou à Londres ? Les paris sont ouverts.

A ajouter au casse-tête : trouver des idées de cadeaux légers… Si on part, ce sera en train et chargés. Et sinon, nous viserons à limiter le coût de l’envoi. (Les colis pour l’Angleterre ont doublé avec le Brexit.)

Je veux y croire.

Ou alors je nage en plein déni.

Je vais aller me faire un thé. Quand il fera un peu moins froid, j’apporterai les poubelles au local. Je prendrai mon sac à main en cas de contrôle inopiné de mon statut vaccinal.

Je vais installer un QR code à la salle de bains pour contrôler le temps de présence. Au-delà de deux heures la lumière s’éteindra. Cette pandémie, ça donne plein d’idées.

Courage les amis.

Om y cron, pardon, on y croit !

Une idée cadeau pour les Mayençais : Mainz Kocht. Ce livre de cuisine est édité par Nimmerland, chouette librairie pour enfants (et parents) de Mainz : recettes préférées des habitants et superbes illustrations de Paula Stein artiste locale. Devinez quelle recette j’ai donnée ?

Autres idées à la charmante boutique d’une créatrice devenue copine : Sonnstagskind.

De Mainz à Metz le 11/11

Vivre le 11 novembre des deux côtés de la frontière.

Le 11/11 à 11h11 vous vous souvenez ?

Oui, c’est l’ouverture de la 5ème saison. Die fünfte Jahreszeit. Le lancement du carnaval : à Köln on dit Karneval, dans le sud Fasching, à Mainz, Fastnacht.

Ça se passe dans la vieille ville, tout près de l’Institut Français, sur la Schillerplatz. La première année, nous y sommes allés avec de nouveaux amis. (voir article : Décalage horaire) Foule déguisée, bière à gogo, décompte depuis un balcon. HELAU, HELAU, HELAU ! La foule scande le salut officiel de Fastnacht en saluant trois fois de la main droite. Nous on a fait pareil, avec un arrière-gout amer. Notre expérience du 11/11 diffère grandement. Jour férié, calme et rues vides, commémoration de l’armistice de la première guerre mondiale, dépôt de gerbes devant les monuments aux morts. Qui penserait qu’il s’agissait d’une guerre entre ces deux pays ?

Le supermarché de Fastnacht

La foule bourrée, la cacophonie POUET POUET, les couleurs criardes, euh… c’est pas mon truc. Une fois par curiosité je veux bien. Je m’achète une libération pour les fois suivantes : c’est bon, j’ai déjà fait. Donc la deuxième année, impasse. La troisième, j’y suis allée. Je ne risquais rien : en plein covid les festivités étaient annulées. Mais je voulais voir si certains (autres) allaient se pointer. Oui. Quelques inconditionnels déguisés et un journaliste avec son cameraman.

Le train partait juste avant midi. J’ai hésité à faire un tour Schillerplatz avec ma valise et mon appareil photo. Petite vérification en ligne : l’accès est réservé aux 2G (vaccinés, guéris). OK ça, ça va. La vieille ville sera barricadée, l’entrée se fera avec un ticket. Ah ? L’accès sera ainsi limité à 7500 personnes au lieu des 11.000 (quand je vous dis qu’il y a du monde). On est rassurés. Côté distanciation sociale c’est bon. L’alcool désinfecte et les masques FFP2 protègent les mille-feuilles humains.

(Les chiffres du Covid montent en flèche en Allemagne, en Rheinland-Pfalz en particulier. Le taux de vaccination plafonne assez bas).

Cette année, j’avais un programme perso bien intéressant. M’échapper à Metz avec une amie franco-allemande pour aller voir Olivia Moore sur scène. Oui j’adore rigoler. Les humoristes devraient être remboursés par la Sécu. Je l’ai découverte dans un documentaire d’Arte (un autre péché mignon) sur le rire en temps de pandémie. Intelligente et très drôle. (Par ici pour un p’tit tour sur ses vidéos. Y’a en même une intitulée : c’est pourri d’être hypersensible. Ma fille m’a dit : “on dirait toi”).

Bon. Coup d’œil par la fenêtre. Brume blanche qui coule dans les os. Froid glacial. Mmmm… finalement j’irai directement à la gare.

La ligne de train qui rejoint Mainz à Saarbrücken est très belle. Après Ingelheim au bord du Rhin, elle plonge vers le sud et longe la rivière Nahe. Modestes gorges autour d’Idar-Oberstein et son église enchâssée dans la falaise. Hérons, (et pas de petit patapon, rhô pardon), canards, chevreuils à la croupe blanche. Par chance, pendant qu’on serpentait le long de la rivière, le soleil a percé. L’ambiance a changé complètement. Après le Tupperware au fond du frigo, le pique-nique d’automne les yeux fermés pour absorber du soleil.

Dans un village perdu, deux hommes et une femmes sont montés. Age moyen, gros bidons, bière à la main, déguisements officiel des membres des clubs de carnaval. Les messieurs ont quitté trop vite leurs chapeaux rouge-blanc-bleu-jaune.

Arrivée à Sarrebrume, pardon Sarrebrücken. Changement de train, sur le même quai mais qui change de numéro au bout. Faut le savoir. Le TER qui passe la frontière n’a qu’une seule voiture. Un jouet Playmobil. Pourtant y’a du monde, même un jour férié. Dès Forbach on est en France. La brume glacée nous suit. Tu vois copine, c’est ce temps là dont j’avais horreur quand j’ai vécu à Reims pour un stage chez Pommery. Deux mois de ciel blanc et d’os glacés.

En février j’avais appelé à la maison en Ardèche :

-Allo maman ça va ?

-Oui, oui il fait un temps magnifique. On jardine en T-shirt. Les mimosas sont en fleurs !

Le lendemain j’ai osé demander à mon chef un jour de vacances pour descendre voir le soleil ! Prenez la semaine, il m’avait répondu.

Gare de Metz

Metz et sa gare imposante, un héritage germanique. Elle a été construite au début du XXème siècle, pendant l’annexion de la Moselle pour servir les ambitions militaires de l‘Empereur Wilhem II. Verrières arrondies. Poussez la porte de la FNAC pour admirer les lustres gigantesques, art déco. Statue du général de Gaulle sur la place. Remontée à pied vers la cathédrale, un trajet de 20 minutes même quand on ne s’égare pas.

Fini le carnaval. La plupart des magasins sont fermés. Les rares boutiques ouvertes sont vides. Des passants déambulent. Un monsieur en petite locomotive vend des marrons grillés. Sur les places, des cabanes en bois rouges et vertes sont installées. Le marché de Noël doit être superbe ici. Nous n’avons qu’une envie nous mettre au chaud. Et trouver où manger un jour férié ET à 18 heures. Notre bus pour les faubourgs perdus part à 19h20. En Allemagne, diner à 18h c’est normal. En France c’est subversif.

Vitrail de Chagall – Metz

Dans la cathédrale, la brume a éteint les vitraux de Chagall. (Eh, oui les Messins comme les Mayençais ont des vitraux de Chagall). La pierre de Jaumont (calcaire avec de l’oxyde de fer) avec laquelle la ville est construite reste blonde. Le grès des bâtiments germaniques, gris.

Petite promenade dans la vieille ville, dans une ambiance mystérieuse.

La brasserie qui ‘’sert à toute heure de midi à minuit’’ ferme sous nos yeux. On ose à peine pousser la porte de la pizzeria voisine. Euh tu crois que c’est trop tôt ? On espionne à travers la vitre l’accueil donné à un vieux monsieur à barbe jaunissante. La serveuse lui propose une table. C’est bon. Après une pizza moyenne, on poireaute à notre arrêt de bus en tapant des pieds pour nous réchauffer. Bus bondé, les gens rentrent chez eux. Virages dans la nuit, d’un côté de la voie ferrée, de l’autre. Brouillard. Immeubles. T’es sûre que c’est bien par là ?

La joie de partir la nuit à notre âge c’est que c’est vraiment l’aventure. On n’y voit rien. Difficile de lire l’écran du portable même en sortant les lunettes – toujours un problème dans la rue car il faut les quitter pour marcher. (Il faut choisir entre risquer de les faire tomber ou alors accrocher la petite ficelle autour du cou et les pousser au bout du nez pour regarder par-dessus). Euh, non. Augmenter la luminosité ? Oui mais comment trouver le bouton ? Anticiper le changement ? Impossible, déjà qu’en mode doux, avec le filtre de lumière bleue, je me sens agressée…

La salle est au pied de barres de béton (d’après ce qu’on en distingue). C’est un centre socio-culturel de quartier, hyper dynamique au vu des affiches. Et hop un programme dans le sac pour découvrir d’autres artistes. Je sens un mal de tête qui monte par les épaules et le cou.

Le titre du spectacle Egoïste. C’est rouge. Comme l’affiche.

Entrée en scène.

Elle porte une robe blanche devant, noire derrière.

Olivia Moore à Montigny-lès-Metz le 11/11/2021

Moi d’emblée je branche l’empathie, natürlich. Oh elle a un œil un peu rouge pourvu qu’elle n’ait pas mal. Elle a devant elle un long tunnel de performance sans pause, ça doit être vertigineux. Est-ce qu’elle n’en a pas marre de répéter toujours la même chose ?

Par égard pour vous, je débranche mon monologue intérieur. Retour en direct (différé).

-Ça va la robe ? J’ai dû mettre une gaine pour entrer dedans. Oui j’ai fait trois enfants, et avant de sortir ils ont oublié de ranger deux-trois trucs.

Ah, on va s’entendre.

(La gaine j’ai pas encore essayé, c’est ma grand-mère qui en portait. Moi j’achète des robes plus larges.)

C’est méchant, c’est cruel. C’est injuste et de mauvaise foi. C’est cru. C’est trop vrai. C’est trop drôle. Elle piétine le politiquement correct. Je jubile. Celui-là avec son hypocrisie mielleuse je l’ai en horreur.

Verlan, allusions, sigles… Je ne capte par tout. Je me tourne vers mon amie. Elle non plus. Chez Alfons (avec son allemand de scène à l’accent français) j’ai tout pigé. C’est dingue…. Le langage vit, il change. 3 ans et demi en Allemagne et pof, on perd pied. Le français que je parle ben c’est le mien (donc de plus en plus pauvre) et celui de franco-allemands donc, un français ‘’d’étrangers’’, une langue décollée de la culture de la métropole. (Et puis aussi, je n’ai jamais été parisienne).

Je note que côté dating, je ne suis plus à la page et tant mieux parce que ça fait peur.

Sur la fin, en pleine impro, elle pique un fou rire. Elle publiera le lendemain sur Instagram ”1h50 sur scène ! Montingy-sur-Metz vous m’avez tuée ! ça m’apprendra à rire avec vous” .

Retour en taxi à l’hôtel avec vue sur la cathédrale. La migraine a attendu le retour pour empirer. Merci à elle. Réveil par les camions poubelle (oui la centrale déchetterie de la ville semble être installée juste là). Croissant et tarte au fromage nuageuse.

On serait bien restées pour se balader mais le seul trajet simple pour rentrer à Mainz part en milieu de matinée.

Coup d’œil au marché couvert au pied de la cathédrale pour fantasmer sur le banc du poissonnier et acheter un casse-croute. Retour à la gare, sans s’égarer (ah ah). Quelques achats en route : paracétamol 1000 mg (c’est sur ordonnance en Allemagne), dentifrice Fluocaril, savons Rogé Cavaillès (on a ses petites manies), Elle et Marie-Claire Idées. Petit tour à la FNAC pour admirer les lustres.

Gerbes fraiches devant le monument aux morts de la gare. La dernière fois que je suis passée un voyageur jouait la musique du Professionnel, c’était juste après la mort de Belmondo.

Train retour. L’annonce automatique précise que ‘’la consommation d’alcool est interdite dans le train mais bon voyage quand même” (véridique).

Dans une voiture presque vide quatre gros rustres s’installent juste à notre niveau. Ils font un boucan d’enfer. Le contrôleur les reprend – mais pas sur le bruit : “le masque c’est sur le nez. Même quand on mange.” Et de montrer comment mordre puis remonter le masque pour mâcher. Pour ne pas vexer les lourdauds (franchement ?) on a attendu presque une heure à devoir parler fort. Puis j’ai attrapé mes affaires : Allez viens on s’en va.” Il est enfin temps de prioriser ma santé par rapport à la susceptibilité de gens qui n’en ont aucune. (Comme quoi y’a des avantages à cumuler les années). On a déménagé au calme. On a grignoté notre pâté lorrain sans remonter le masque entre chaque bouchée.

Le soleil renonce à nous saluer en chemin. Lui non plus n’aime pas les ciels blancs et bas.

Arrivée à Mainz.

Soulagement d’avoir échappé à la folie des rues. Je n’en verrai que quelques confettis par terre et des passants avec une écharpe rouge-blanc-bleu-jaune.

On était en France, mais nous aussi on s’est bien éclatées pour le 11/11.

PS : Les photos de Metz au soleil datent de septembre.

Librairie La cour des grands, Metz (article sur cette série)

Doux-amer

Süß und sauer ~ Notre Brexit perso, Halloween, et réapprendre à accueillir.

Drapeau tricolore on avait dit

Hier je vous avais écrit un article sucré sur la pâte de coing et autres considérations alimentaro-culturelles. Ce matin un truc s’est invité chez nous. Comme ça sans frapper, à 7h40. Le Brexit vous en avez entendu parler vous ?

Mon mari, un mug de café à la main : « Pour Noël, faudrait qu’on vérifie si on peut toujours aller en Angleterre avec seulement une carte d’identité. »

Les passeports des filles sont périmés depuis longtemps. Leur renouvellement implique de se déplacer au consulat de Francfort, en horaires de bureau, et donc de faire sauter un jour d’école aux enfants. (La grande, à plus de douze ans, doit aussi le récupérer en personne.) En période de restrictions de voyages, on ne s’est pas précipités, non.

M’enfin on ne peut pas dire qu’on a été pris en traitres.

7h41. Vite, ouvrir le site de l’ambassade française à Londres. Vérifier. « Depuis le 1er octobre 2021 il n’est plus possible de se rendre au Royaume Uni avec une carte d’identité. » EH M*** ! ‘’T’as vu regarde c’est marqué qu’il est interdit d’y partir comme au pair, c’est pour ça que la fille de nos amis n’a pas pu y aller’’. Les conditions semblent plus drastiques qu’avant l’entrée du Royaume Uni dans l’Union Européenne.

Ouvrir le site du consulat. Rien avant le 2 décembre (rien après non plus). Prendre des rendez-vous. Tant qu’on y est, faisons refaire les cartes d’identité périmées. Noter et photographier des numéros interminables. Quatre fois. Dans une Europe à la libre circulation des personnes on oublie que les frontières se franchissent avec des papiers en règle.

Comment avons-nous pu négliger cela ? Le Brexit s’étale depuis des années sur les magazines anglais auxquels mon mari est abonné : Private Eye (sérieux et satirique), The Economist (juste sérieux). Je viens de terminer le roman de Jonathan Coe Middle England sur la société du Brexit (voir nouvelle rubrique Mes lectures). C’est malin. On n’a pas pu voir la famille anglaise depuis deux ans. Mon grand garçon étudie cette année à Leeds. On doit le retrouver à Londres.

Ça sent le Stollen et Noël en Allemagne. J’en connais qui vont hurler ! (moi)

A quelle heure il ouvre le consulat ?

Et Mister Cameron et ses sbires inspirés qu’est-ce qu’ils font en ce moment ? Ils coulent une retraite tranquille après avoir mis tout le monde dans la mouise ? (Vraiment dans la mouise, pas juste pour se demander si oui ou non ils pourront partir en vacances à Noël). Les criminels n’ont pas tous du sang sur les mains.

Restons optimistes. Croyons en la célérité administrative française (euh ?) et en sa capacité à compenser notre négligence.

La France, récemment mise à l’honneur dans le collège de mes enfants avec la présentation officielle de l’Abibac (double baccalauréat : Abitur allemand et bac français). Discours de la direction et d’un représentant de l’Institut Français. Distribution de masques tricolores. Attends fais voir ? Penche la tête sur le côté pour voir. L’Abibac a été vanté devant une classe aux couleurs des Pays-Bas.

Qui a signé le bon à tirer des masques ?

La paperasse, pourtant ici c’est une véritable passion culturelle. La preuve par l’exemple ci-dessous.

Le Rhin à Budenheim

-Ah tiens, t’étais où ?

Mon mari accroche sa veste au porte-manteau qui déborde. Comme il bosse toujours à la maison, je n’ai plus l’habitude de le voir aller et venir sans moi.

-Au garage. Je suis allé chercher la voiture.

-Ah oui c’est vrai.

La voiture a 14 ans. Eh oui. (Japonaise, puisque vous insistez). Il fallait mettre les pneus hiver, et procéder au contrôle technique. On plaisante pas avec la législation.

-Qu’est-ce qu’ils ont dit ?

-C’est tout bon. Mais il y avait une non-conformité au niveau de l’airbag conducteur.

-Ah ?

-Oui y’avait un truc dessus et c’est interdit.

Yeux écarquillés.

-L’autocollant de la Croix-Rouge.

A un feu rouge, un jour, une personne faisait la quête pour l’association. En échange de quelques pièces, elle nous avait remis ce badge, preuve de notre solidarité. Faute de meilleure idée, on l’avait collé juste devant nous : sur le volant. Ça fait des années qu’il y est. Il a déjà passé des contrôles techniques. Il est grand comme un (petit) timbre poste.

-Hi, hi. C’est pas vrai ?

-Si. Ils ont déplacé l’autocollant et établi une fiche avec la non-conformité et sa correction.

Ouf on respire.

Ils sont sympas comme tout au garage, mais la consigne c’est la consigne, que voulez-vous. Allumeurs de réverbère sans Petit Prince.

Mon esprit indiscipliné se rebelle toujours contre le suivi aveugle des règles. (Disons que je suis volontiers les règles si j’en vois l’intérêt et la logique). Sinon je ne comprends pas.

Tout le monde ne cale pas son comportement sur l’acceptation. Il y a deux ans, j’avais accompagné la classe de CM1 de ma fille au siège de la ZDF (chaine de TV). Les élèves marchaient deux par deux sur le trottoir. J’avais du mal à ne pas enjamber les deux mètres de pelouse pour atteindre l’arrêt de tram. Les gamines qui guidaient la troupe n’ont même pas envisagé le raccourci.

Bon.

Au moins c’est fait. La voiture est en règle. Les papiers… bientôt. A l’école, mes enfants apprennent à la suivre (la règle pas la voiture, on les accepte encore dedans malgré les soubresauts de l’adolescence). A la maison, ils révisent les gros mots (en français – en anglais et en allemand ils en connaissent moins).

Sourire crispé.

La vie revit.

Octobre a tiré sa révérence… c’est mon mois préféré avec les couleurs des arbres, le bleu du ciel, l’air frais et les rayons de soleil chauds encore. Le jardin est encore joli, à la prochaine pluie (aujourd’hui) toutes les feuilles seront à terre. Pourquoi le pommier d’à côté est-il encore tout vert ?

Créations familiales

Halloween est passé par ici. Comme il y a deux ans, les gosses du quartier ont défilé dans une ambiance bon enfant. Chaque petit groupe de sorcières et de fantômes, accompagné ou non d’un parent en fonction de l’âge, récitait un petit poème, pour obtenir des bonbons. De garde à la porte, j’en ai entendu au moins cinq différents. Qui le leur a appris ? Leurs maîtresses ?

Mes filles, maquillées et déguisées, se trouvaient trop grandes pour le porte à porte, mais ont fini par craquer. Une dame a exigé :

-Un poème sinon pas de bonbons !

-Euh en anglais on dit juste Trick or treat !

Mon mari le leur rappellera : « Elle n’a rien compris à Halloween la dame. Le chantage c’est dans l’autre sens. »

Dans l’après-midi (à la dernière minute donc) j’étais allée au supermarché avec ma plus jeune pour acheter des bonbons. Impensable d’attaquer les stocks de Carambars et Dragibus rapportés de France. A la vue du choix limité en sucreries emballées individuellement, je me suis écrié « Ah là là ces Allemands, pourquoi ils sont toujours décalés ? » Chaque fête est anticipée de trois mois. Quand la date approche, les magasins sont déjà passés à la suivante.

Nos munitions sucrées sont rangées dans un sac en tissu, où les gosses plongeront la main. (Tiens l’an prochain, j’y glisserai un ou deux sachets de thé utilisés. Hé, hé.) Les décorations sont accrochées, les citrouilles posées devant l’entrée. Mes filles ont fabriqué une bouche de monstre géante en carton à coller devant la porte. Sonne qui ose.

Reste à ranger la maison. Nous attendons des invités pour le déjeuner d’Halloween. Des invités !? Par où commencer ? Ah oui, faire le tri dans le tiroir des papiers à dessin. Un tiroir, vraiment ? J’ai oublié comment accueillir du monde.

Au menu : soupe de butternut à la noix de coco, selon une très bonne recette de Jamie Oliver. Un de nos classiques d’automne. Elle a à peine accroché au fond. Ça sent pas trop le cramé ? Si. Ma fille raconte notre quête de bonbons de dernière minute. « Y’avait plus rien, alors maman elle a dit, Oh là là ces Allemands ! » Elle répète au moins trois fois. Parce que c’est son habitude. Comme ça ils ont bien entendu.  Ouais mais tu comprends, c’est parce que je suis toujours en retard sur le rythme local pour mes emplettes saisonnières.

Notre chienne Gaïa a appris à sauter sur les gens. Elle fait des trous, des gros trous, toujours des gros trous. Des trous dans le tapis, des trous dans les habits. Des trous dans le jardin. Elle n’a pas fait de trous dans les invités.

Dis les amis vous reviendrez hein ? Il était pas mal le munster (dégusté fenêtre ouverte) ? et le sticky toffee pudding ?

Ah ces gosses ! (Ah, ces mamans organisées à la française !)

Sur ce, je vais téléphoner au consulat. Ils organisent une enquête de satisfaction en ce moment. Peut-être le moment de solliciter une faveur. Un p’tit Carambar Madame la Consule générale ?

Croisons les doigts ET serrons les pouces.

PS : On a bien fait de prendre les rendez-vous au consultat tout de suite. Deux heures plus tard il n’y a plus aucun créneau. Du tout.

Soirée au Kabarett

Mon sésame est français. L’humoriste aussi. Tout se traite en allemand.

Alfons, Unterhaus Mainz, 20/10/2021

Je suis allée nager ce matin. Pour la première fois depuis un mois.

Oui d’accord mais j’avais des excuses valables. Quelques jours à Metz en solitaire (pour écrire et puis finalement juste me balader), vacances dans les Vosges où mon dos a décidé de m’embêter. Convalescence du lumbago. Ça a l’air plus sympa sur le papier qu’en vrai. C’est le genre de rétablissement qui interdit d’être affalée sur le canapé. Il est plus indiqué de marcher en rond autour du quartier (pas trop s’éloigner de sa base, comme l’aspirateur-robot, au cas où). La kiné m’a collé des Elastoplasts fuchsias en étoile autour du point douloureux (c’est un truc ici, le scotch de perlimpinpin fluo, très trendy en maillot de bain). Et surtout, la piscine extérieure a fermé.

J’adore l’eau et j’adore nager. Mais autant je prends du plaisir aux longueurs dehors dans la piscine olympique bordée par une pelouse ombragée de platanes, autant en enchainer deux fois plus dans la moiteur de la petite piscine intérieure me débecte. En hiver j’aime avoir nagé. Mais je renâcle à y aller.

Comme mon dos va mieux, pas le choix, faut y aller. Ma fille me dit : “c’est pas comme les devoirs, t’es pas obligée”. Ben si c’est pire. L’entretien du corps, ma jolie, plus tu avances en âge et plus ça prend du temps, de l’énergie et un caractère indispensable.

Je ressors mon sac de piscine – enseveli sous les affaires de Gaïa, la chienne (elle en a bientôt plus que moi). Je vérifie que j’ai tout. Le masque, les 5 cents pour le sèche-cheveux, les 5 € pour l’entrée, maillot (oui une inflation covidesque), serviettes, lunettes, bonnet…. On se dépoile pour nager, mais il en faut un matériel ! C’est quoi ces pièces dans la poche ? Hop dans le porte-monnaie, qui reste à la maison. Je ne prends que le strict nécessaire. Ah et le portable parce qu’il faut prouver qu’on est 3G* (on leur a pas dit aux Allemands qu’ailleurs on en est à la 5G ? ah ah…) et scanner l’appli LUCA pour déclarer sa présence.

Le chemin pour la piscine est un vrai bonheur automnal. Eclaboussures colorées sur fond de ciel très bleu : érables roux, muriers jaunes, liquidambars rouges, pins verts. Soleil chaud, vent frais. Mmmm. P’tit coucou à la voisine derrière sa fenêtre. Tiens j’aimerais bien l’inviter à un Kaffee-Kuchen (café-gâteau). C’est à quelle heure pour les Allemands ? Juste après déjeuner je crois (mais là c’est le sacro-saint quiet time familial). Pour le gouter ça irait ?

Arrivée à la piscine, j’enfile le masque et présente l’écran de mon portable. Mon pass sanitaire est sur l’appli française (l’appli allemande n’a pas accepter de le recharger sur mon nouveau portable). La caissière grimace.

-Ouh c’est jaune.

-Hm.

Oui c’est mieux que le bleu pour le système nerveux. Elle plisse les yeux.

-C’est en français…

-Oui je me suis fait vacciner en France…

Bon on avance ? Ses sourcils se rapprochent un peu plus.

-Y’a pas de date. C’est le 2ème vaccin ?

Où a-t-elle vu qu’on obtenait un certificat pour la moitié du dispositif ? Et le petit logo à étoiles bleu et jaune en haut à gauche ça lui dit quelque chose à la dame ? Non. Je fais glisser le curseur pour activer ‘’le mode frontière ‘’ (aucune idée de ce que ça veut dire). Il y a une date. Ça lui convient.

Ouf.

Direction les vestiaires. Eh m*** j’ai oublié de garder ma pièce de 1€ pour le casier. Un jeton en prêt peut-être ? Non. J’embarque tout le matos pour le laisser sur une étagère au bord de la piscine. Non sans avoir fait tomber un coup mon foulard, un coup une serviette dans des flaques mouillées. Nouveau soupir de soulagement : pas de troupeau d’aquagym. Juste les deux lignes réservées pour les personnes de grand âge qui barbotent. Je vise celle d’à côté, pour les moyens-âges comme le mien, une dame nage la brasse tranquille, une autre rondouillette attend debout. J’enfile mon bonnet. C’est quoi ces longs cheveux accrochés ? Ah oui ceux de ma fille qui s’en est servi en dernier. Comment je m’en débarrasse ça colle aux doigts ?

J’attaque mes longueurs que je tronque aux extrémités pour éviter les bouchons. La dame debout a été rejointe par une copine de la même tribu : je piétine sur place, avec des gants palmés alors que je ne bouge pas les bras, à papoter et emm… les nageurs alors que derrière les bouées à 1 mètre de là je ferais pareil sans gêner. Je refuse de passer du côté sombre de la psychorigidité sociale. La police des hobbies ne passera pas par moi. Mais qu’est-ce qu’il fout le maitre-nageur ?

C’est effrayant ces contrôles visuels. On a beau avoir un document tout ce qu’il y a de plus officiel, notre entrée dépend de la bonne volonté d’un maton. En France c’est fait partout avec une application. Ici ça dépend. Déjà au musée vendredi, une dame en uniforme noir et cheveux tirés en queue de cheval stricte avait analysé mon écran pendant deux longues minutes. Elle parlait avec un accent d’Europe de l’Est et oublié comment sourire. J’étais seule. Sans témoin. Je cherchais des yeux les fenêtres pour vérifier l’absence de barreaux. Si elle finit par me laisser entrer peut-être ne me laissera-t-elle plus sortir ?

Ah, monsieur Kafka, ça vous fait rire hein ?

Je ne vous raconterai pas ici le Landesmuseum. Je n’ai vu qu’une salle. Le rendez-vous de ma fille s’est terminé plus tôt que prévu, j’ai dû aller la chercher. L’expo temporaire (céramiques du XXème siècle) ne présente aucun intérêt. Pourtant Dieu sait et vous aussi combien j’aime la céramique. Mais là ça avait moins d’intérêt qu’un marché local d’artisans.

Parlons plutôt de ma sortie au théâtre de cette semaine. (Contrôle visuel rapide avec le sourire). C’était un cadeau d’anniversaire de 2020, reporté donc. (Formidable cette pandémie. Elle nous fait rajeunir, coincé en quarantaine.) Enfin, du théâtre vivant !

Mon amie franco-allemande m’a offert une soirée en sa compagnie et la découverte d’un artiste humoriste. Alfons. Français, très célèbre en Allemagne, inconnu en France. (Comme Henning Wehn est LE comédien allemand de la scène anglaise). Il présente ses micros-trottoirs à la radio et à la télé depuis des décennies. Son accessoire fétiche : un gros micro poilu, type plumeau pour toiles d’araignées géantes. Son personnage joue avec les clichés et parle allemand avec un accent et des expressions franchouillards. Zut alors.

Unterhaus, Mainz

Je n’en avais jamais entendu parler. Et j’avais gardé la surprise pour la représentation en live.

La salle de spectacle, Unterhaus de Mainz (littéralement la cave) est un lieu branché, avec café et affiches de représentations passée au mur. Elle est spécialisée dans le café-théâtre (Kleinkunst, Kabarett…).

Montée en 1966 par une comédienne, un technicien du son et un journaliste de la ZDF (2ème chaine de TV allemande dont le siège est à Mainz), elle compte parmi les scènes majeures de Kabarett avec la Kommödchen à Düsseldorf et la Wühlmäuse à Berlin. C’est ça un pays décentralisé. Mon cerveau français a du mal à y croire. Comment ça, tout ce qui compte dans la culture n’est pas à Berlin ?

Dès l’entrée l’ambiance de culture vivante fait du bien. On traverse un restau, puis une salle avec un bar fermé et on entre par le côté dans une pièce longue comme un tunnel. La scène est au bout de la cave voûtée en pierres peintes en blanc. Nos places sont vers le fond, mais un peu en hauteur. Parfait. Au café-théâtre vaut mieux pas être trop près de l’artiste. Presque toutes les chaises sont occupées. On peut quitter le masque.

Les lumières s’éteignent. Un homme grisonnant entre en scène, veste orangée type jogging des années 80, bloc-notes à la main. Les applaudissements éclatent. Alfons remercie son public d’être là, d’avoir choisi de revenir après les confinements.

Entre les sketches sur l’actualité politique (« comme Madame Merkel, je suis plus populaire à l’étranger que dans mon pays »), il conte de jolies histoires vraies et projette ses derniers micros-trottoirs. Avec un air niais, le faux reporter vrai comique pose des questions moins innocentes qu’il n’y parait. Je pense à Borat.

Bien sûr. Bien sûr, il a demandé s’il y avait des Français dans la salle. Une dame devant a crié : halb ! (à moitié). J’ai hésité un instant… puis j’ai levé la main, faut bien jouer le jeu. Il ne m’a pas vue dans le noir. Hé, hé. Je ne saurai jamais à quoi j’ai échappé.

La caricature du Français colle aux clichés pour provoquer la rigolade. Mais ses tirades sont engagées et intelligentes. Nous avons passé une excellente soirée.

Alfons est en tournée, s’il vient par chez vous, foncez – (pas pu m’empêcher).

Hall of fame

Une seule fois j’avais emprunté cette rue derrière l’Institut français, pour rejoindre un parking souterrain après le resto (et avant le covid). Je n’avais pas repéré la Unterhaus : son entrée anonyme jouxte celle de l’hôtel Hilton dans un bâtiment moderne sans âme. Au sol un chemin d’étoiles de métal signées m’avait intrigué. C’est le hall of fame de la scène de Kabarett. Comme quoi, même en vivant sur place et en étant passionnée de théâtre, un guide local est indispensable. Merci encore chère amie.

Bon en vrai, je me mets pas en quatre pour aller voir du théâtre en allemand. Même du stand-up, par crainte que les références me passent au-dessus de la tête. Mais là avec Alfons. Kein Problem. Il cause allemand comme moi, et les préjugés culturels comme matière première… ça me parle. Ça donne furieusement envie de découvrir d’autres humoristes. En sortant j’ai pris le programme.

Piscine intérieure rouverte et théâtres frétillants. Oh là là on peut refaire des projets !

A tout hasard, je vais remettre le certificat papier de mon Pass sanitaire dans mon sac.

*Geimpft, Genesen oder Getestet (vacciné, immunisé ou testé)

P. S. : Le Kleinkunst (littéralement ‘’petit art’’) ou Kabarett ce sont les arts de la scène (humoristes, magie, chanson, mime, lectures, récitations…) de grande proximité entre les artistes et les spectateurs. Un peu tout, hormis les pièces de théâtre (avec décor et tout le tintouin).

PPS : Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué que j’ai attaqué la rubrique lectures.

Lignes bleues

Vacances d’automne dans les Vosges, exercice spontané de la diplomatie internationale autour d’un coq en pâte.

J’ai posté ce matin à Mainz une carte postale que je n’ai pas écrite et dont je ne connais pas le destinataire. Elle représente une ville au bord du Rhin où je n’ai jamais mis les pieds. Les lignes au stylo bleu sont signées Jutta.

Jutta je l’ai rencontrée avec son mari, couple au sud de la retraite, dans une auberge aux fins fonds des Vosges. Cheveux blonds et courts, gestes assurés, elle me rappelle une amie américaine. Son mari sous-titre ses blagues d’un clin d’œil. Eux et nous résidons dans les deux chambres occupées, nous nous croisons au petit déjeuner.

Ils ne parlent pas un mot de français, les serveuses pas un mot d’allemand. Personne n’a essayé l’anglais. Au grand dam de mon ado (arrête maman tu me fais honte !), j’ai mis mon grain de sel pour faciliter les échanges internationaux. Ei ? un œuf ? non. (Dommage, les petits déj français, avec baguette beurre et confiture, même maison, même enrichis de charcuterie et fromage local sont bien décevants quand on a besoin de protéines et de pain complet noir – dense, à l’allemande – pour ne pas sentir ses jambes flageoler, son cerveau s’embrumer et l’impatience enfler vers 11 heures. Surtout en randonnée.)

Quand l’occasion s’est présentée, j’ai aidé aux traductions.

Un matin, faute de serveuse visible, l’Allemande m’interpelle :

– Faut-il réserver pour manger ce soir ?

– Je suppose que c’est mieux, oui, si vous prévenez.

L’après-midi, je lis dans la chambre, mes filles et mon mari jouent à Mario Cart dans la bibliothèque (elles ne connaissaient pas, c’est bien, elles ont découvert à peu de frais / risque d’addiction et de bruit à la maison). Quand je les ai rejoints (ils avaient emportés les biscuits du gouter), mon mari me dit : “la dame allemande est passée, elle était en colère, il parait qu’on lui a dit qu’ils ne pouvaient pas manger ici ce soir”. Ça nous semble bizarre… La veille nous avions dîné seuls, face au poêle de faïence, la cheminée comme ils disent en Lorraine, avec un accent que je ne connaissais pas.

Le soir-même en descendant au restaurant, deux tables étaient dressées. Une de quatre, une de deux. Hmmm. Y aurait-il eu un malentendu ? Je partage mon doute avec l’aubergiste.

-Ah mais ils m’ont dit qu’ils voulaient déjeuner à midi. Je leur ai dit qu’on était complets. Oups…Vous pourriez leur expliquer demain matin… ?

Oui je peux. Je l’ai fait. La dame allemande est surprise et déçue.

Au diner, la serveuse qui compte sur mon relais linguistique pour simplifier son boulot me demande :

-J’installe les Allemands à votre table ?

Hein ? (ça va pas la tête ? on est sympa mais bon)

-Non, non, ça va aller.

Quelques minutes plus tard ma fille me dit :

-Merci maman, on va quand même pas parler allemand pendant les vacances.

La serveuse présente le menu du jour et tend vers moi un menton inquiet. Vous pourriez traduire ? Mais oui bien sûr. Coq en pâte. Allons-y pour une explication détaillée. Comment dit-on morilles ? Je ne savais même pas que ça existait comme plat (délicieux). Au dessert, la dame allemande voudrait bien la recette de la tarte au fromage blanc (nous aussi). Je la demande. Personne ne l’aura : c’est un secret.

Jutta m’explique qu’elle a écrit une carte pour souhaiter un bon anniversaire à une personne âgée et a oublié de la poster avant de passer la frontière. Vous pourriez la jeter dans une boite ? Oui, sans problème.

Le matin de notre départ, je le lui rappelle.

-Et la carte ?

-Je l’ai mise sur votre pare-brise.

(Dans un sachet plastique anti-humidité.)

C’est donc fait.

J’ai rempli ma mission de diplomate affectée aux relations franco-allemandes gastronomiques. Quand je pense que ma mère (qui n’avait aucune idée de ce que cela représentait) me voyait avocatinternationale. C’est fait.

Le dernier soir, l’aubergiste est venue nous offrir un pot de confiture maison, en sachet cristal. Aux quetsches, délicieuse. (Je savais que ça vous manquerait si je ne vous mettais pas une petite anecdote de confiote).

Moi qui fais souvent des petits cadeaux spontanés pour remercier des étrangers, ça m’a touché d’être du côté de la réception. Merci madame. Les filles ont eu droit à des barres chocolatées joliment emballées. « Comme elles ont été sages… C’est signe que les parents les ont bien élevées. » Hi, hi… on joue volontiers le jeu de la flatterie. Parfois on doute, hein…

Randonnées dans la forêt, sur les sentiers qui montent derrière l’auberge. GR, un jour vers la droite, un jour vers la gauche. Ou un peu plus loin, par la route qui s’appelle la rue et le chemin de goutte-froide, jusqu’à un sommet et une roche proéminente (j’ai un faible pour les panneaux poétiques). Sandwiches de fromage qui ramollit de jour en jour, carottes qui sèchent, thon qui dégouline. Vertige (pour moi) pour franchir un passage étroit en hauteur.

Entre sapins, bouleaux, mousses et fougères j’ai sauté les pieds joints dans un livre de contes. Allons-nous croiser la cabane des trois ours ?

Dans la queue de la boulangerie, un type m’accoste. “C’est quoi votre appareil photo ? Vous partez en balade ? Vous êtes touriste ?” Euh oui. J’adore papoter à l’improviste, mais quand je ne suis pas à l’initiative de l’échange, j’ai toujours un moment d’hésitation. Il a l’air inoffensif.

-Vous aussi, en vacances ?

– Oh non, nous on habite ici. On a vécu trente ans en Allemagne. On est revenu pour la famille.

J’ai pas osé lui demander la durée initiale prévue pour leur expatriation.

Tendez l’oreille…

L’auberge en demi-pension c’était le calcul pour éviter de faire bouffer à ma famille ma charge mentale. On restera moins longtemps que dans un gite mais pas de corvées courses ou cuisine. Bilan : personne ne peut plus voir ni pain, ni repas riches comme des dimanches midi. (J’ai fait de la soupe de légumes d’urgence.) Et les courses faut bien les faire quand même (rappelez-vous mon obsession avec le vinaigre blanc français, le savon noir, les bonnes sardines, le chocolat à cuire de qualité). Les filles se sont offert Dragibus et Carambars, Paille d’Or et madeleines, pour leurs anniversaires au collège. French touch autorisée, pourvu que les produits soient emballés individuellement.

Le premier gel de l’année s’est posé dans la nuit. Les dahlias du voisin ont cuit. J’ai tendu la main par le Velux pour toucher le givre et laisser une empreinte mouillée sur les tuiles rouges.

Balade en amoureux autour du village pendant que les filles sautent sur le trampoline. Mon mari et moi croisons un petit jeune homme, en short et K-way. Bonjour ! il nous lance avec un sourire qui mange tout son visage.

Je photographie un bassin en pierre où chante une source, puis on rebrousse chemin. On le croise à nouveau. Il entre et ressort aussitôt d’un jardin. Celui aux dahlias cuits.

-Re-bonjour !

-Re-bonjour !

Sans s’arrêter, il indique de la main le jardin dont il sort.

-Ma tata n’est pas là. Je suis d’ici c’est pour ça que je connais tout le monde.

Sourires.

-Vous logez à l’auberge ou au gîte ?

-A l’auberge.

-Y’en a qui disent que le village ici c’est naze. Mais y’a la nature, alors c’est joli.

Bien d’accord.

– C’est la première fois que vous venez ?

-Oui.

-Et ça vous plait ?

-Oui.

-Alors, vous reviendrez !

Simple comme re-bonjour.

Comme un parfum en noir et blanc de Guerre des boutons.

Une leçon de vie pour moi que les devoirs hypnotisent. Refaire si ça me plait. Un médecin me l’avait conseillé. Il faut privilégier les satisfactions comme un devoir. Je lui avais demandé de l’écrire sur une ordonnance. Un mantra pour les jours où la main de l’anxiété m’attrape à la gorge.

Les feuilles commencent juste à tourner. Dans la forêt tapissée de mousses, au milieu des sapins, les chênes rouges d’Amérique sont les premiers à passer du vert au vermeil. Ses glands trapus sont irrésistibles. J’en glisse dans mes poches. Comment est-il arrivé là cet expatrié naturalisé ?

L’Amérique : nous venons d’apprendre que son baptême a eu lieu à Saint-Dié-des Vosges.

Après les expéditions vers les Indes de Christophe Colomb en 1492, Amerigo Vespucci comprend qu’il s’agit d’un nouveau continent. Le Duc de Lorraine passionné de géographie, obtient du roi du Portugal, commanditaire des expéditions, cartes et récit de voyage de Vespucci. Il les confie au Gymnase Vosgien, un groupe d’érudits occupé à redessiner le monde. Sur la Cosmographie universelle (ça jette plus en latin), pour la première fois, le nouveau continent esquissé par la ligne bleue de l’océan Atlantique est appelé America. Féminin comme les autres, et en hommage à Amerigo.

Voilà pour la digression culturelle. De rien.

A part les vitraux de la cathédrale – modernes, liquides et graphiques, Saint-Dié ne nous a pas séduits. Une fois approvisionnés en munster (sous-vide !) au marché, on n’a pas trainé. L’architecture toute d’angles droits gris fait écho aux trop nombreuses nécropoles.

Fuite vers la nature jolie.

Enième tentative pour se faire un thé avec la machine de notre chambre. Elles sont rares en France et en Allemagne, les tea and coffee making facilities, que l’Angleterre met à disposition de ses hôtes. Pourtant c’est bien agréable d’appuyer sur le bouton de la bouilloire pour une boisson chaude, avachie sur le lit. Leur présence ou non dans une chambre d’hôtel est devenue une blague familiale.

Elle marche pas cette fichue machine à capsules (j’ai même pas essayé, j’ai laissé faire mes colocs, je ne parle pas le langage des machines qui font les malignes). Mon mari prospecte dans les autres chambres. Vu le calme, on se sent partout chez nous. Les portes sont ouvertes pour répartir la chaleur. Il revient avec trois gobelets de carton pleins de thé (dans deux ça ne rentrait pas). AIlleurs ça marche ! Il les pose où il peut sur ma table de nuit.

Bouquins, lunettes, stylo, cahier, téléphone en vrac. Je tâche de faire un peu de place, faudrait pas que ça se renverse. Geste maladroit. Pof je cogne un premier gobelet. EH M*** ! Je retire brusquement les objets qui craignent l’eau. Paf les autres basculent. Le thé est par terre, une flaque à mes pieds.

Euh…. Il en reste une gorgée au fond de ce gobelet, tu le veux ?

Dans le mystère de la dernière nuit à l’orée de la forêt, un cerf nous offre son brame guttural.

Retour par Strasbourg.

Devinez ? Missions librairie et coiffeur. J’ai pris deux rendez-vous. Un pour moi et un pour ma plus jeune. Elle souhaite corriger la coupe réalisée par se mère cet été. (T’as vu c’est plus long derrière que devant. On dirait une coupe de garçon.)

Certes.

Miracle, je ressors avec une coupe, une vraie. Comme avant. J’avais fini par renoncer. Me dire que non, ce n’était pas une histoire de style français ou allemand. Que mes cheveux s’émancipaient sans grâce. Que la seule personne qui arrivait à en faire quelque chose je l’avais laissée à Lyon. Eh bien non !

-La coiffeuse égalise et me dit : Voilà, c’est plus moderne hein !

Oui et plus dynamique.

Je hasarde :

-En Allemagne, c’est plus classique les coupes de cheveux…

– Oui y’en a beaucoup qui viennent se faire coiffer ici.

Ah tiens. Je ne précise pas que mes deux dernières coupes étaient françaises. L’une d’elle avec sa collègue lors de l’expédition vaccin.

– C’est quoi votre prénom madame ?

Je note. Je reviendrai. Tous les deux mois – ou disons, quand c’est possible, prévoir l’aller-retour à Strasbourg pour la coupe.

(J’ai demandé : le carré droit est la coupe la plus dure à réaliser même pour un professionnel. Il ne pardonne rien. Et toc.)

Avant de mettre le cap au nord, nous croisons la locomotive-jouet d’un monsieur qui grille des marrons. Impossible de résister. Nous lui achetons un cornet de papier, le plus gros format. Les premières châtaignes grillées mangées vite, trop chaudes, en s’étouffant un peu, brûlent la langue et laissent le bout des doigts charbonneux.

Je les laverai le plus tard possible.

Vivement qu’on en trouve au marché de Mainz, des châtaignes. Provenance indiquée : France. D’où en France Monsieur ? De l’Ardèche ?

Au prochain passage de frontière je complèterai mon stock de bouquins. J’ai apprivoisé les librairies de Metz et Strasbourg. Je sais où aller pour être en phase avec les avis des libraires. C’est tellement bon de flâner dans le parfum des livres et rassurant de repartir avec des promesses de bonheur en papier. Je me shoote bien un peu ici, mais je lis plus volontiers en français et en anglais.

J’ai une question pour vous.

J’ai envie de créer une rubrique lectures dans ce blog, histoire de partager mes coups de coeur et les vôtres.

Qu’en pensez-vous ?

(réponses bienvenues en commentaire)

Hors les murs

Petit tour de rentrée scolaire, troc de confiotes, refus de Figolu, et suggestion de placard.

(Mais si vous allez comprendre.)

Bonjour à vous,

Ne bougez pas j’arrive. Je donne un dernier coup d’éponge à la cuisine. (Vous aussi vous avez toujours un coup d’éponge à donner à la cuisine ?) Déjà la cinquième semaine depuis la rentrée, bientôt les vacances d’automne. Nous allons pour un temps changer d’évier.

Sortons dans la rue où l’éponge tentatrice ne nous suivra pas.

Après une première semaine de matinées (sans cantine), les cours ont repris à temps plein (AVEC cantine OUF !). La boite mail s’emplit de messages du collège : prière de consulter l’application. Clic, ouvrir le courrier, le lire en plissant les yeux (police 2 interligne 0.5), cocher la case Lu et refermer. En prenant soin de préciser à sa fille : « il est écrit dans le courrier qu’il faut l’imprimer pour cocher la case Lu avec un stylo. Je viens de le faire dans l’application. Je me contenterai d’une seule croix (virtuelle) par sujet. » On place ses rébellions où on peut (croisons les doigts que ça suffise). Pour les plus prolixes des auteurs de messages officiels j’aimerais avoir un tamis pour ne garder que les deux-trois infos importantes. Ils y pensent pas à ceux qui ont fait allemand première langue sans l’option littérature post-moderne (et qui n’ont ni loupe ni que ça à faire).

Autre formulaire : « Merci de verser les euros du voyage à Berlin sur le compte personnel du professeur responsable. RIB ci-dessous.» Voilà, c’est fait. C’est bizarre tout de même. Là-aussi serrons les pouces, comme on dit ici, que ça marche. Dans la paperasse signée, il est précisé toutes les conditions pour lesquelles il faudra aller chercher son enfant : indiscipline, test corona positif de lui-même ou d’un copain de chambre. Et si les profs accompagnateurs sont positifs ?

Plumbago

En 9. Klasse (troisième) ma grande va partir trois jours avec sa classe pour des Reflexionstage (jours de réflexion). Une parenthèse loin de la vie quotidienne, de la famille et des cours pour se poser des questions individuelles et collectives sur les choix de vie. Malin, non ? C’est organisé par le diocèse, avec autorisation d’absence du collège. Comme quoi la collaboration école publique – services religieux peut être profitable à tous. J’aurais tant aimé bénéficier de ce temps offert. Pas sûr que j’en aurais bénéficié alors, prise que j’étais dans la roue de hamster des interros et des notes.

Aujourd’hui les ados réfléchissent plus. Trop.  

Mon mari et moi inculquons à nos enfants que pour être en bonne santé il faut manger de tout. Surtout quand on est en pleine croissance. Que pour être poli quand on va quelque part on s’adapte à ce qui est proposé. Pitié les filles, épargnez moi l’actualisation des toquades alimentaires des copains.

Les réseaux si peu sociaux leur inculquent les citations sucrées en calligraphie et les modes alimentaires. A chaque repas nous avons l’actualité : « Machine est végétarienne maintenant ». Puis quelques semaines plus tard, « elle n’est plus végétarienne, sa mère le lui interdit elle était fatiguée ». A nouveau quelques semaines plus tard : Machine (la même) elle est vegan. Vraiment ?

L’une d’elle, vegan depuis une semaine, a refusé de goûter un Figolu.

La malnutrition auto-imposée comme style de vie ça me fait peur. Mais non maman, elle prend des vitamines. Ah bon tu me rassures. Elle a fait vœu de renoncer à son intelligence aussi ? Elle prend tous les matins des shoot de Youtube à la place (ou de Tiktok ; je suis dépassée).

A l’aide.

Les Figolus. Franchement.

La confiture passe encore. La semaine dernière, ma fille a mentionné qu’un copain avait ramassé cinq kilos de cynorrhodons (Hagebütten ou gratte-culs). J’ai suggéré le troc. Elle est partie avec des bocaux de confiture d’abricots. Nous gouterons l’églantine et le miel du copain. On a aussi un joli pot de miel d’une copine en deux phases : dur et clair au fond, brun et liquide au-dessus. Peut-être que les abeilles ont butiné nos fleurs. Beaucoup d’Allemands sont aussi apiculteurs. Les maisons affichent une plaque : Eigene Imkerei (apiculture personnelle).

Le lendemain de la date officielle de la rentrée, c’était l’Einschulung. La toute première rentrée. Devant l’école primaire en milieu de matinée, les petits CP étaient bien sages entre papa et maman tous bien habillés (une seule classe : les horaires sont échelonnés pour cause de corona). Les parents restent avec leur enfant toute la matinée. (Un prof de mes filles a été absent pour cela). Les écoliers serraient contre leur cœur une Schultüte, cornet-surprise rempli de friandises, carnets et crayons, et de jouets. (Les parents dépensent 70 à 80 euros pour ce symbole.) L’autre jour à la librairie une dame commandait un livre pour son petit-fils « à l’occasion de son Einschulung ».

Parfois des messes à l’église sont organisées pour les enfants (de l’école publique) et leurs familles à cette occasion. C’est joli de prendre le temps de cette étape. Je me sens un peu gênée quand j’explique que mes gamins étaient à l’école avec cantoche et tout le toutim avant trois ans. Ici c’est limite de la maltraitance.

En pensant à cet article, j’ai hésité à demander à une famille de les prendre en photo (de dos) tout rutilants, avec la Schultüte aussi grande que le gamin. Puis je me suis dit que je risquais de les effrayer. « Tu vois Max, cette dame si tu la croises, tu pars en courant ». Ils rentrent seuls très tôt les gosses. L’école leur fait passer un permis piéton avec coaching de la police svp. On les voit parfois s’entrainer à traverser la route un par un.

Fusain

En matière de comparaison critique entre cultures, je me suis professionnalisée. J’ai reçu un mail cet été de la part du magazine Deutsch Perfekt (qui s’adresse aux étrangers germanisants avec articles de différentes difficultés et lexiques). Ils avaient consulté leur base de données : que conseillez-vous aux Allemands ? (enfin, c’était pas demandé comme ça mais plutôt : qu’est-ce qui vous irrite dans votre pays d’adoption ?)

Bien sûr, je ne manquais pas d’idées ;o)

Au petit déj, penchée sur mon yaourt ardéchois, j’avais tapé en quatrième vitesse (sur le téléphone et sans mes lunettes) une dizaine de suggestions : équiper les maisons de placards, prendre le temps des consultations médicales, moderniser le réseau internet, renoncer à la paperasse, me foutre la paix quand je marche dans la rue même si mon vélo couine, arrêter la police des hobbies (ces particuliers qui se mêlent de vous engueuler pour un ja ou un nein) et tutti quanti.

J’avais eu la surprise de recevoir une réponse : “Merci Estelle, envoie-nous ta photo !”

Ma photo ! Whaou ! (Euh, laquelle ?)

Top top top. Ma minute de gloire. (Depuis le temps que je rêve d’être publiée, bon enfin, un texte que j’aurais écrit pas une réflexion à deux balles.)

L’article vient de paraître. Ils ont rassemblé une cinquantaine d’idées pertinentes (y compris rallonger les consultations médicales, moderniser internet, renoncer à la paperasse). Ils ont gardé de ma contribution la proposition inoubliable : mettre des placards batis dans les maisons (en shuntant la remarque : les Allemands sont-ils tous actionnaires chez Ikea ?) Mon amie d’enfance m’avait dit, quand je m’étais étonnée de leur absence « non y’en a pas en Allemagne. On a toujours trouvé ça super chez vous. »

En même temps ce magazine, y’a pas un Allemand qui le lit. Et pour cause.

A charge de revanche sans doute. Que conseilleraient les étrangers aux Frenchies ?

(Roulement de tambour…)

Je voudrais vous quitter sur une nouvelle insolite. Lors d’une promenade, une amie m’a parlé de son tout nouveau permis de conduire un âne (Eselführerschein). Oui, oui. Son professeur lui a remis un document officiel, plastifié et tout, avec le détail des compétences acquises parmi lesquelles : la tolérance à la frustration. (Je crois que je vais m’inscrire.) C’est un complément à sa formation pour animer des ateliers en forêt – sur son temps libre. (C’est une grande passion la forêt pour les Germains).

Pourtant je me demande, certaines choses ne devraient-elles rester poétiques et libres ? Peut-être l’effet de mon moral dans les chaussettes (bienvenue automne, au moins, j’en porte des chaussettes).

Souvent, j’ai envie de jeter l’éponge.

La vraie (planquez-vous), et la métaphorique.

Mazel Tov ! Mainz entre à l’Unesco

Avec son cimetière juif millénaire. Et puis aussi une histoire de foins coupés et de sable.

Judensand, Mainz

Vous le savez, je ne consulte plus les informations en ligne, ce vrac gratuit d’anecdotes sensationnelles. Je picore dans un hebdomadaire sérieux (the Economist de mon mari) les articles qui attirent mon regard (pas beaucoup). J’aime bien cependant recevoir la presse locale gratuite. Sur la boite aux lettres j’ai collé une étiquette : Bitte keine Werbung (pas de pub svp), mais je n’ai pas ajouté und kostenlose Zeitschriften (ni de journal gratuit). Je parcours le journal en 30 secondes et parfois j’apprends des choses sur l’actualité locale, comme l’existence d’un élevage d’abeilles municipal avec vente de miel et de bougies, ou l’inscription fin juillet de Mainz au patrimoine Mondial de l’Unesco.

Dès le Moyen Age, Mainz et deux autres villes impériales de la vallée du Rhin Spyer et Worms possédaient d’importantes communautés juives, parmi les plus anciennes du monde germanophone. Elles ont fortement influencé la culture ashkénaze en Europe centrale. On les appelle les villes SchUM, comme l’acronyme composé des premières lettres des noms hébreux d’origine latine : Sch pour S(ch)pira (Speyer), U pour Warmaisa (Worms) et M pour Magenza (Mainz). Un comité (en hébreu : Wa’ad SchUM) représentait leurs intérêts communs auprès du gouvernement. Le symbole en est l’ail (qui se dit schum en hébreu de la Bible).

La grande époque des SchUM se termine après quatre siècles, vers 1350 avec des massacres. Les grandes communautés sont remplacées par de plus petites à l’influence limitée.

Des vestiges millénaires témoignent de cette présence : à Spyer, les restes de la synagogue avec le bain rituel mikveh (XIIème siècle), à Worms et Mainz les cimetières juifs du XIème siècle, parmi les plus anciens du monde.

Je connais bien celui de Mainz, le Judensand (sable juif, par référence aux kleine et grosse Sand, champs de dunes en remontant vers les rives du Rhin) sur la Mombacher Strasse, en contrebas d’une colline. Il se cache derrière la gare, dans une zone d’activité, presque en face d’un magasin de beaux-arts. Il a été abandonné en 1880 avec l’ouverture d’un nouveau cimetière juif, adjacent à celui de la ville.

Au bord de la route, les tombes en grès rouge, chavirées dans une pelouse qui ondule sous les arbres ont un charme fou. A chaque passage, je me laisse entrainer dans leur mystère. Il me fait penser au vieux cimetière juif de Prague et aux anciennes tombes autour des églises de village en Angleterre. J’adore ces lieux spirituels hors du temps, unités de mesure de la vie humaine. En ce début d’automne, par temps gris et humide avec les premières feuilles jaunes tombées et le parfum d’humus, l’atmosphère est envoutante.

Enfermé dans un mur rehaussé d’un grillage, collé à la route à son bruit et ses émanations de pots d’échappement, il semblait à la fois protégé et délaissé.

Il semble qu’une page ait été tournée. Sans transition, le lieu sacré a glissé de l’anonymat à la célébrité. Le 27 juillet 2021, suite à un dépôt de candidature de 2012 de la ville de Worms, les « sites SchUM de Speyer, Worms et Mainz » ont été inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

J’ai dévoré l’article, illustré par la photo de personnalités politiques qui se félicitent (incroyable cette expression) et effectué des recherches sur Internet. A vélo sous la bruine, j’ai pédalé pour un reportage photo solitaire. Pas facile à faire derrière une barrière même en grimpant les escaliers qui longent le terrain.

Le portail est fermé à clef. Sur le grillage, a été accrochée une banderole violette. Un peu anachronique et décalée toute seule sous la pluie. Elle porte en lettres blanches : Mazel Tov ! Wir sind UNESCO Welterbe ! (nous sommes au patrimoine mondial de l’Unesco).

Sur le poteau de béton, un panneau bilingue donne quelques explications. Mon téléphone prend l’initiative de convertir le QR code de photo pour ouvrir le site web correspondant.

Un appel à projet a été lancé pour ériger un pavillon des visiteurs à l’entrée du cimetière. (Enfin !)

La communauté juive de Mainz est une des plus anciennes d’Europe. La synagogue construite en 1912 (déjà appelée ”nouvelle”) a été détruite lors de la Nuit de Cristal le 9 novembre 1938. Elle a été remplacée en 2010. Dans son environnement d’immeubles des années 50, le bâtiment surprend (il surprendrait n’import où en fait). L’architecture évite les angles droits. La façade est en céramique émaillée vert foncé. Mon mari et moi y avons assisté en 2019 à un concert de Noa (Letters to Bach : chansons composées sur la musique de Bach). Les escaliers en italique et les fenêtres biscornues donnent le mal de mer. Je tâcherai de vous retrouver une photo. L’architecte Manuel Herz de Köln s’est inspiré du design des cinq lettres du mot hébreu signifiant ‘’saint’’. L’entrée est gardée par les colonnes de pierre de la synagogue précédente.

Grosse Sand, Mainzagréable pieds nus

J’ai mentionné plus haut, les dunes de Mainz. Ces champs de sable dans le coude du Rhin sont une particularité géologique protégée. Ils accueillent des espèces botaniques rares, datant du dernier âge glaciaire. Jusqu’à la semaine dernière je ne connaissais que le Grosse Sand (le Grand Sable), un des lieux de balade favori des Mayençais (Kein Durchgang : interdit de traverser la steppe centrale). En fait il y en a un autre plus bas : le kleine Sand, entre le grand et le Judensand (et sans doute plein sous les maisons du quartier). Une association de protection de la nature a fait, via les écoles, appel à des volontaires pour nettoyer ce bout de terrain. Sur le formulaire, nous avons coché : participera samedi, au grand dam de mes filles. On pensait qu’il s’agissait de ramasser les déchets.

En fait non. C’était une opération de sauvetage botanique. Les herbes avaient été coupées de façon sélective, en épargnant celles dont les graines mûrissent encore. Lors de mon échappée à vélo pour photographier le cimetière, j’avais prolongé la promenade entre les arbres et avait vu les jardiniers et leurs broussailleuses. Je savais que ce coin était spécial : une petite pancarte artisanale demandait d’éviter de le traverser pour épargner des plantes rares.

Les rangées de foin parallèles devaient être ramassées. Samedi, les bénévoles avaient apporté râteaux en quantité et benne. Il y avait tant de bras volontaires (200) que les missions ont été échelonnées. En petits groupes nous avons rempli puis trainé une bâche, jusqu’à la benne, ou des jeunes organisaient le dépôt de foin en une montagne stable. Il faisait beau et chaud (et soif). L’association en a profité pour nous éduquer. Un monsieur à barbe blanche sous un chapeau à large bords nous a présenté quelques spécimens (au nom latin terminé par arenaria -pousse dans le sable – j’ai oublié le reste). En particulier une graminée rigolote : la graine a une tige en tire-bouchon sur le dessus, que le vent redresse quand elle est à terre lui permettant de se planter. Au moment où le botaniste nous en a parlé, ma fille jouait déjà avec ces graines frisées.

Mainz est sur une zone frontière pour les migrations végétales : au sud de celles qui descendent des steppes glaciaires, à l’est de celles qui viennent de l’Atlantique. Au-delà c’est trop froid ou trop mouillé.

Des dames de l’association déterraient à la bêche les plantes invasives : des asperges (vestiges de l’occupation du terrain par des jardins) et des Schneebällchen que je ne connaissais pas. Ma fille oui. Les enfants récupèrent les graines blanches et les jettent sur le sol où elles éclatent.

Pour leur poser des questions je me suis approchée, en restant loin des bêches : rien que de les regarder mon dos crie. Les arbres fruitiers morts (lors des étés de canicules) ? Ils sont conservés comme hôtels à insectes. Je n’ai pas pensé à leur parler de la pyrale du buis arrivée cet été à Mainz, hélas. Je pensais que peut-être la latitude ne leur plaisait pas. Mais si. Les buis sont surtout dans les jardins ; les dégâts seront moins flagrants que dans la garrigue ardéchoise. N’empêche : cherchons prédateur d’urgence.

Bienvenue automne

Autre actualité locale et nationale, bien sûr : les élections du parlement. Même ici vous n’y échapperez pas, sorry comme disent les Allemands (et les Anglais aussi, oui).
Bientôt Madame Merkel tirera sa révérence. Les rues fleurissent de pancartes électorales selon un code précis. Pendant six à sept semaines, les partis peuvent, dans les limites de proportionnalité et à des emplacement décidés par les municipalités, afficher les têtes de leurs candidats. (Imaginons la carte étalée sur la table du service dédié : sur ce réverbère oui, celui-là non.) Les mats sont harnachés de cartons bifaces, avec des photos de CV, buste de trois-quarts, visage de face. C’est moche, oui, mais comme disait Churchill, « la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres ». Mais au moins ils seront déposés dans la semaine suivant le scrutin. Aucun affichage sauvage ne s’effilochera pendant des mois sur les murs.

Les rues pourront retrouver leur anonymat silencieux.

Seul le cimetière en bas de la colline gardera sa banderole.

Houblon (pas envie de mettre des photos d’affiches électorales)